FRAYEUR DE TOUTE L'ITALIE
cruellement les princes d'Italie , et faisoient trembler les Vénitiens , environnés en terre ferme par les États et les troupes de l'empereur, qui vouloit encore se rendre maître de leurs mers par de nouveaux ports dans le golfe Adriatique , et les assujettir par les forces maritimes qu'il sp proposoit d'y établir. On disoit de plus qu'il prétendoit mettre dans Livourne une garnison allemande, et qu'il avoit fait demander des sub- >i les au grand-duc en des termes de la dernière hauteur. D'autre part, Is ministres du roi d'Espagne l'avertissoient que l'empereur persistoit toujours dans la maladie de retourner en Espagne, par conséquent de la nécessité de le prévenir.
Au contraire, Rome redoubloit ses instances pour détourner le roi d'Espagne de toute entreprise sur l'Italie , et n'oublioit aucune raison d'honneur , d'intérêt ni de conscience. Mais le pape parloit à un sourd qui, ne craignant plus rien de sa part depuis qu'il en avoit reçu le chapeau , s'inquiétoit peu de ses exhortations et de ses menaces.
Stairs s'étoit déchaîné à Paris contre Albéroni à l'occasion de l'entreprise, quoique encore ignorée pour le lieu. Albéroni lui rendoit la pareille, et disoit que le roi d'Espagne demanderoit justice au roi d'Angleterre de cet homme vendu à l'empereur. Albéroni ne vouloit plus écouter les sollicitations de l'Angleterre d'envoyer un ministre à Londres travailler à la paix avec l'empereur, par la médiation de la France et de l'Angleterre. Il trouvoit que cette démarche ne se pouvoit faire avec honneur , que l'affaire étoit sans lueur ni apparence de succès , vision ou piège de la cour de Vienne. Il disoit que l'offre d'assurer la succession de Parme aux enfants de la reine, tandis que le duc de Parme et son frère n'étoient ni vieux , ni hors d'espérance d'avoir des enfants , troubleroit plutôt l'Italie qu'elle n'apporteroit d'avantage à ces princes collatéraux. On étoit à la fin d'août sans être plus éclairci ; mais on ne doutoit plus qu'il ne s'agît de la Sardaigne.
Aldovrandi , pour faire sa cour au cardinal Albéroni , publioit que l'entreprise se faisoit contre son avis, qu'il s'y étoit opposé en vain, qu'il avoit eu la sage précaution d'en conserver les preuves ; que , voyant enfin qu'il ne la pouvoit empêcher, il avoit au moins détourné le plus grand mal, et fait résoudre la Sardaigne pour préserver l'Italie. Il falloit nommer l'auteur d'un conseil dont Albéroni vouloit se défendre. Sur sa parole Aldovrandi répandit que c'étoit le conseil d'État dont l'emportement avoit été extrême. Sur la même foi , que ce nonce prétendoit trèssincère , il donnoit les Holhindois pour favoriser sous main l'entreprise , pour occuper l'empereur loin des Pays-Bas.
L'Angleterre ne laissoit pas seulement soupçonner ses intentions. Ses embarras domestiques faisoient juger que son intérêt la portoit à voir avec beaucoup de peine l'Europe prête à s'embraser de nouveau.
Pour la France, elle s'étoit expliquée. Le duc de Saint-Aignan avoit représenté que le roi, garant de la neutralité d'Italie, ne pouvoit approuver une entreprise qui y contrevenoit. Il avoit excité le nonce de solliciter le pape d'employer les offices de père commun; enfin il avoit essayé de toucher par la fâcheuse situation du duc de Parme, à qui l'empereur demandoit hautement de fortes contributions. Ce prince
304 MOUVEMENTS CONTRE CETTE ENTREPRISE. [1717] il
manquoit d'argent. Il avoit inutilement recours à l'Espagne , qu'il exhortoit toujours, et avec aussi peu de succès, de donner au pape la dernière satisfaction qu'il désiroit , sur le livre du duc d'Uzeda dont on a parlé. Del Maro ne cessoit d'avenir son maître que l'entreprise regardoit la Sicile ; et les ministres d'Angleterre , de Hollande et de Venise à Madrid, s'épuisoient en inquiétudes et en raisonnements.