‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 231 sur 319 · LE PAPE EFFRAYÉ PAR GALLUS · texte numérisé non relu

LE PAPE EFFRAYÉ PAR GALLUS

On sut enlin que la flotte d'Espagne ayant fait voile de Barcelone le 15 juillet, une partie étoit arrivée devant Cagliari le 10, l'autre le 21 août; que le marquis de Lede, général des troupes, ayant fait toutes les dispositions nécessaires pour la descente , avoit fait sommer le marquis de Rubi , vice-roi pour l'empereur , que, sur son refus, dix-huit mille hommes' avoient rais pied à terre; que le vice-roi, sommé une seconde fois . avoit répondu comme à la première ; qu'il n'avoil que cinq cents hommes de garnison , et qu'on douloit qu'il pût se défendre six ou sept jours au plus. Ce commencement de guerre conduisoit à un embrasement général de l'Europe . selon les raisonnements des politiques.

Le vice-roi de Naples, craignant d'avoir bientôt les Espagnols sur les bras , prenoit toutes les mesures qui lui étoient possibles ; et Gallas , soupçonnant le pape d'être d'intelligence avec l'Espagne, ne se contentoit d'aucunes raisons. Il le menaçoit et demandoit qu'il se justifiât par des déclarations publiques , en répandant dans Rome les grands et imminents secours des princes engagés dans la triple alliance, et à la garantie de la neutralité de l'Italie. Le pape, épouvanté, résolut d'apaiser l'empereur. Il rassembla devant lui la congrégation qui avoit examiné l'accommodement des cours de Rome et de Madrid. Il y résolut de révoquer les concessions qu'il avoit faites au roi d'Espagne pour lui donner moyen d'équiper la flotte destinée contre les Turcs, quil employoit contre l'empereur, et d'écrire au roi d'Espagne une lettre dont les Impériaux fussent contents ; cela fait , d'oflrir sa médiation à l'empereur pour calmer ces mouvements de guerre.

Ces mesures . et la nouvelle que reçut le pape en même temps d'Aldovrandi, qu'il étoit en pleine possession de la nonciature, le rendirent plus traitable dans l'audience qu'il donna à Acquaviva. Ce cardinal crut même s'apercevoir qu'il craignoit que l'entreprise de Sardaigne ne réussît pas, ou que, si elle étoit heureuse. l'Espagne ne s'en tînt là. Le pape voyoit qu'il y en avoit assez pour faire venir les Impériaux en Italie , et pas assez pour les en chasser, parce qu'il commençoit à paroître clair que l'Espagne étoit seule, et s'étoit embarquée sans aucuns alliés. Les flatteurs d'Albéroni le berçoient de la jonction du pape, des Vénitiens et du roi de Sicile, dès que les Espagnols auroient mis le pied en Italie. Il étoit pourtant difficile que ces mêmes gens-là en crussent rien. Il sembloit que, dans cette conjoncture critique, il eût été du serrice du roi d'Espagne de réparer par des attentions et des grâces l'avantage, qu'il avoit perdu avec l'Italie , d'avoir , comme ses prédécesseurs , beaucoup de cardinaux dépendants, attachés et aflectionnés. Au contraire d'y travailler, l'animosité d'Albéroni et d'Acquaviva contre Giudice lui attira des désagréments publics. Le roi d'Espagne lui fit ordonner d'ôter de dessus sa porte à Rome les armes d'Espagne. Ses représentations furent inutiles, ainsi que les offices du régent qu'il réclama, et que ce prince lui accorda. Il protesta de son attachement pour la France, de son empressement à le marquer. Il chercha à se lier au cardinal de La

4. Le mannscrit porte dix-liuit mille hommes. La plupart des hislorions disent que l'armée de débarquement n'était que de huit mille hommes.

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