DEUX FRANÇOIS ARRETES À STADEN
Trémoille , son ancien ami , malgré toul ce qui s'étoit passé entre la princesse des Ursins et lui. Il éloit de la congrégation du saint-office. La Trémoille le ménagea par cette raison pour les affaires de France, que Bentivoglio et ses adhérents embrasoient plus que jamais.
Ce fut en ce temps-ci que la position dangereuse de l'armée impériale, enfermée entre celle du grand vizir, qui venoit secourir Belgrade, et cette place assiégée , tenoit les amis et les ennemis de la maison d'Autriche dans une merveilleuse attente. Elle ne dura pas, et la victoire complète que le prince Eugène remporta sur les Turcs, la prise de Belgrade, et tous les succès qui la suivirent rapidement, fut une nouvelle incontinent répandue partout. Le régent, livré à l'Angleterre, s'étoit rendu à ses instances sur son union avec l'empereur ; mais ce prince , malgré la situation heureuse dans laquelle il se trouvoit, et les propositions qu'il recevoit de la part du régent, se défioit de ses desseins cachés , qui est le caractère le plus facile , et en même temps le plus de celui de la cour de Vienne.
On a vu les desseins de cette cour sur Ragotzi. Ses ministres n'oublioient rien pour veiller ses actions, et pour l'exécution de leurs ordres. Son séjour étoit encore matière d'un continuel soupçon à l'égard de la France. Welez , espion de l'empereur , dont on a déjà parlé , étoit chargé de le défaire de cet ancien chef des mécontents de Hongrie , à condition des plus grandes récompenses. Il avoit ordre de communiquer à Kœnigseck tout ce qui regardoit cette importante affaire. Sur les avis qu'il donna, l'empereur fit arrêter à Staden deux François, qui étoieut à Ragotzi : Charrier . son écuyer ; l'autre avoit pris le nom de comte de L'Hôpital., Welez informa Kœnigseck du départ de Ragotzi , de la route qu'il avoit prise, et des détails les plus précis, avec des réflexions qui donnoient au régent toute la part de ce dessein , et tous les secours pour l'exécution. Ses preuves étoient que Ragotzi ayant permis au jeune Berzini d'aller joindre son père dans l'armée des Turcs, son rang de colonel et ses appointements lui étoient conservés au service de France. Welez sut positivement le jour que Ragotzi arriva à Marseille , la maison où il logeoit, ses conférences avec l'envoyé turc, le vaisseau qu'il devoit monter, et qu'il lui avoit été préparé par ordre du comte de Toulouse, d'où il concluoit qu'il n'y avoit pas lieu de douter des secours et des intentions de la France contre l'empereur. Cet homme se persuada que le prince Ragotzi ne continueroit pas son voyage à Constantinople, lorsqu'il apprendroit la victoire et les conquêtes des Impériaux en Hongrie, et se flatta bien à son retour de ne pas manquer son coup, pour en délivrer l'empereur, et se procurer les grâces sans nombre qui lui étoient promises. Il crut en même temps que l'empereur voudroit que le coup fût précédé ou suivi de quelques plaintes au régent. Il offrit de fournir telles preuves qu'on poui roit désirer pour justifier que le régent étoit pleinement imformé des desseins de ce prince , et par conséquent qu'il avoit manqué à la parole qu'il avoit donnée là-dessus à Penterrieder, pendant que ce secrétaire étoit à Paris.
Cependant l'empereur écoutoit les propositions faites par l'Angleterre, et avoit promis de faire partir dans un mois Pentevrieder, pourvu que Sai>t-Simo.\ IX 14