‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 236 sur 319 · CADOGAN À LA HAYE; SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

CADOGAN À LA HAYE; SON CARACTÈRE

dietoit. Beretti mandoit que la proposition de prendre cette république pour médiatrice de la paix y avoit beaucoup plu-, et, dans le dessein, peut-être de s'attirer la négociation,- il soutenoit qu'il la falloit traitera la Haye, parce que le ministère du roi d'Angleterre étoit tellement impérial qu'on se déficit de lui en Hollande, jusque-là que le Pensionnaire, quoique si autrichien de tout temps, lui avoit dit qu'on ne songeoit à Londres qu'à entraîner la Hollande en des engagements dont l'Angleterre auroit tout l'honneur , et dont la dépenee retomberoit toute sur les Provinces-Unies. Ainsi Beretti croyoit que la seule démarche que feroient les Hollandois seroit d'employer leurs offices pour la paix. On pensoit de même à la Haye du régent. Il étoit vrai qu'on avoit été fort touché en Hollande de la confiance du roi d'Espagne sur la médiation.

Cadogan . arrivé depuis peu à la Haye de la part du roi d'Angleterre, étoit d'un caractère à ne ménager personne. Il avoit eu la guerre passée toute la confiance du duc de Marlborough, et par lui du prince Eugène et du Pensionnaire, et, comme eux, haïssoit parfaitement la France, surtout le gouvernement du feu roi et tous ceux dont il s'étoit servi. Il parla à Beretti de l'entreprise de l'Espagne avec toute la fureur autrichienne. Inquiet du traité fait depuis peu entre le régent , le czar et le roi de Prusse , il se plaignit aigrement de n'en avoir point de connoissance. Là-dessus Chàteauneuf eut ordre de le lui communiquer. Il prétendit qu'il ne l'avoit fait qu'en termes généraux , et que . depuis la triple alliance . le Pensionnaire et plusieurs autres membres des États généraux s'étoient attendus qu'il le communiqueroit en forme. Cela fit courir le bruit que le roi d'Angleterre avoit demandé le rappel de Chàteauneuf, pour avoir négocié et signé ce traité. Le fond étoit la mésintelligence de Georges avec son gendre et le czar. son chagrin et celui de ses ministres de les voir unis avec la France . et leur inquiétude de ieur voir faire une paix séparée avec la Suède , en se détachant de la ligue du nord.

Gœrtz, principal ministre de Suède, étoit à Berlin. Le czar, plus animé que jamais contre Georges et contre la personne de ses deux ministres allemands, se trouvoit aussi à Berlin, et il s'y étoit dressé un plan de paix particulière avec la Suède , à l'exclusion des rois d'Angleterre et de Danemark. Ce projet passoit en Hollande pour être concerté avec la France, et le régent pour en presser l'exécution. Cadogan et quelques autres assuroient que le régent n'y avoit point de part, mais un autre parti en France qui erapêchoit souvent l'exécution des volontés de ce prince, qui vouloit borner son autorité, et pour cela embraser l'Europe , pour y embarrasser la France et encore plus le régent , dont l'intérêt personnel étoit de concourir avec l'Angleterre à rétablir le repos du nord et à prévenir les troubles de l'Italie, et [il ajoutoit] que la Hollande étoit disposée à prendre les mesures nécessaires pour cela contre l'opinion de Beretti. La haine des Anglois pour Chàteauneuf étoit extrême. Ils voulurent lui faire un crime personnel auprès du régent sur une insolence de la gazette de Rotterdam , dont ils prétendirent avoir découvert la trame venue de la vieille cour et du parti contraire au régent. Ils ignoroient , même Stairs , que ce traité avec le czar et la Prusse eût été communiqué par le régent au roi d'Angleterre. Ils commencèrent

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