ET LE DUC DE MORTEMART
Villeroy. Il prétendit que ç'avoit été à lui à commander les médailles , et à lui de les présenter au roi. Il se fâcha que le tout se fût fait à son insu , et le voilà aux champs et en plaintes à M. le duc d'Orléans. C'étoit une bagatelle qui ne valoit pas la relever, et à laquelle aussi les trois autres premiers gentilshommes de la chambre ne prirent point de part. Ainsi seul vis à-vis du maréchal de Yilleroy, la partie ne fut pas égale. M. le duc d'Orléans, avec ses me zzo -termine ordinaires, dit que Lefèvre ne les avoit point fait faire ni portées au maréchal comme argentier, mais comme ayant reçu par lui l'ordre du roi, et qu'il n'en falloit pas parler davantage. Le duc de Mortemart fut outré , et ne s'en contraignit pas sur le maréchal.
Une autre querelle combla celle-ci. Le duc de Mortemart prétendit une place derrière le roi , et l'oter à un chef de brigade des gardes du corps qui la prenoit. Les capitaines des gardes soutinrent leur officier, et M. de Mortemart ôta des entrées qu'avoient les officiers des gardes du corps. Les trois autres gentilshommes de la chambre se joignirent au duc de Mortemart. Us plaidèrent tous huit devant M. le duc d'Orléans plusieurs fois , à cause de la pièce du trône différemment placée qu'à Versailles , où M. de Mortemart renouvela la défense aux huissiers de laisser entrer les officiers des gardes du corps. Là-dessus , autre mexzotermine. M. le duc d'Orléans fit ôter le trône, pour ôter ce sujet de contestation. M. de Mortemart, piqué de cette décision, cessa d'aller chez le roi , quoique en année , et les premiers gentilshommes de la chambre firent un mémoire et le présentèrent à M. le duc d'Orléans.
L'affaire en demeura là jusqu'à une autre qui arriva un mois après entre le duc de Mortemart et le maréchal de Villeroy , pour des bagatelles de service. Les autres premiers gentilshommes de la chambre prirent fait et cause , et pas un d'eux ne se présenta plus chez le roi. Cela dura huit ou dix jours, après lesquels ils y retournèrent. Le régent ne put se résoudre à prononcer ; mais le maréchal . battu de l'oiseau , s'abstint depuis d'entreprises pour quelque temps. Néanmoins, M. de Mortemart piqué voulut envoyer la démission de sa charge. M. le duc d'Orléans m'en parla fort en colère ; et en efl'et c'étoit tous les jours quelque chose de nouveau avec lui. J'apaisai le régent comme je pus par le souvenir de M. de Beauvilliers, et je détournai l'orage.
Les premiers gentilshommes de la chambre eurent encore une dispute avec les maîtres d'hôtel du roi , à qui l'avertiroit que sa viande étoit servie ; et comme les maîtres d'hôtel sont sous le grand maître , M. le Duc les soutenoit ; car tout étoit en prétention et en entreprises. Au dîner du feu roi, j'ai vu toute ma vie le maître d'hôtel avertir le premier gentilhomme de la chambre, et celui-ci entrer dans le cabinet du roi seul, et l'avenir ; et le soir que le roi étoit chez Mme de Maintenon , le maître d'hôtel avertir le capitaine des gardes qui entroit seul dans la pièce où le roi étoit, et l'avertissoit que son souper étoit servi.
Le maréchal de Villeroy , mal dans ses affaires par une magnificence sans règle ni mesure, avoit obtenu du feu roi cinquante mille livres par an, sur la ville de Lyon, pendant six ans, et une continuation encore pendant autres six années, qui se renouvela de six en six ans. Jamais