‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 259 sur 319 · ABBÉ DUBOIS À LONDRES · texte numérisé non relu

ABBÉ DUBOIS À LONDRES

le roi de Sicile envoya secrètement déclarer à Vienne qu'il n'avoit point de part à l'entreprise; qu'il avoit ordonné à tous les ports de Sicile de tout refuser aux Espagnols, et qu'il prendroit avec l'empereur tous les engagements qu'il pourroit désirer, s'il vouloit le reconnoître comme roi de Sicile , approuver le traité fait et ratifié avec l'empereur Léopold en 1703. Beretti se faisoit un mérite de ces avis, et se paroit de la confiance intime qu'avoient en lui les principaux membres des États généraux. Il assuroit qu'ils ne permettroient point que l'empereur se rendît maître de Livourne , et que l'Angleterre même concourroil à l'empêcher. Il se fondoit en raisonnements pour persuader en Espagne que les Hollandois craignoient qu'on traitât à Londres, et vouloient que ce fût dans une ville de leur État. Il inféroit de la route que Penterrieder devoit prendre pour se rendre à Londres en évitant la Haye , malgré les instances de la république , que l'empereur craignoit la partialité des Hollandois . et que les Anglois vouloient se réserver à eux seuls la négociation, et n'en donner connoissance aux Hollandois que lorsque toutes choses seroieat absolument réglées. Il se trompoit en tous points. Ceux qui étoient au timon de la république étoient dépendants de l'Angleterre et n'osoient s'écarter de ses intérêts. Il étoit donc nécessaire qu'elle agît de concert avec l'Angleterre. Cadogan en étoit bien persuadé , et il attendoit Penterrieder à la Haye , qu'il avoit prié d'y passer.

L'abbé Dubois prévint par son arrivée à Londres celle de Penterrieder. Il y guérit les ministres de la crainte qu'ils avoient conçue que le maréchal d'Huxelles ne fût contraire à la négociation qui s'alloit commencer. Le roi d'Angleterre et ses ministres ne cessoient d'assurer Monteléon d'une amitié et d'une correspondance entière avec le roi d'Espagne, et que la négociation tourneroit à sa satisfaction, et cet ambassadeur s'en flatta plus encore sur la réponse du roi d'Angleterre à l'envoyé de l'empereur. Ce ministre , en prenant congé de lui , insista sur la'garantie , et lui demanda pressamment et avec hauteur s'il vouloit ou non satisfaire aux traités et donner à l'empereur les secours de troupes et de vaisseaux nécessaires pour conserver les États qu'il possédoit en Italie. A quoi le roi d'Angleterre répondit qu'en l'état où se trouvoient les affaires générales de l'Europe, il avoit besoin de plus de temps pour faire ses réflexions, avant de prendre une résolution.

D'autre part, l'abbé Dubois assuroit Monteléon d'une manière qui lui paroissoit sincère que ses ordres du régent étoient très-positifs en faveur de l'Espagne, dont il regardoit les intérêts comme inséparaMes de ceux de la France, et lavoit expressément chargé d'y veiller avec une égale attention. Néanmoins Monteléon cherchoit à pénétrer s|il disoit bien vrai , et si sa mission ne regardoit que la négociation qui paroissoit, et peut-être en même temps pacifier les troubles du nord, ou s'il y avoit quelque cause secrète et quelque mystère plus profond. La confiance qui paroissoit entre Stanhope et lui donnoit celle de pénétrer ce qu'il en étoit , parce que Stanhope étoit le principal acteur. Mais , jusqu'à l'arrivée de Penterrieder , il ne se pouvoit agir que de propos généraux. En attendant, Monteléon vantoit en Espagne ses services et ses soins , et au duc de Parme , qu'il y croyoit tout-puissant , l'attention

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