PROJETS DU CZAR ET DU ROI DE PRUSSE
moins puissant en Italie, et que l'Espagne s'y accrût de partie de ce qu'elle y avoit perdu. Bonac servoit donc utilement de chercher les moyens de prolonger la guerre de Hongrie, de laquelle uniquement l'Espagne pouvoit espérer des succès en Italie , et d'obliger l'empereur à se prêtera des conditions de paix désirables.
A l'égard de la Suède , il n'y avoit que le désespoir de la pouvoir rétablir, aussi démontré qu'il l'étoit alors, qui pût faire cesser les efforts de la France en faveur d'un ancien allié, dont la descente en Allemagne avoit été la première borne de l'énorme vol que la puissance de la maison d'Autriche avoit pris en Europe , et que les possessions demeurées en Allemagne à la Suède avoient sans cesse empêchée de reprendre. Le rétablissement de cette couronne devoit donc être infiniment cher à la France, si, dans la ruine des malheurs de Charles XII, elle avoit pu la procurer. A ce défaut, l'intérêt de la France, qui l'empêchoit de se commettre seule avec toutes les puissances conjurées contre la Suède, étoit de procurer avec adresse et sagesse une paix qui sauvât à la Suède tout ce qu'il seroit possible de ses débris pour la laisser respirer, et en situation d'oser songer à se rétablir un jour dans l'état d'où elle étoit déchue. C'est ce qui ne se pouvoit espérer qu'en travaillant à des paix particulières qui rompissent la ligue qui l'accabloit , qui en missent, s'il étoit possible, les membres aux mains les uns contre les autres, qui intéressassent contre les opiniâtres ceux qui auroient fait leur paix particulière, à soutenir la Suède contre eux, et par ce moyen lui sauver enfin des provinces en Allemagne qui lui laissassent un pied dans l'empire , une voix dans les diètes . et les occasions d'y contracter des alliances et d'y figurer encore, de cheminer vers son rétablissement, et d'y balancer à la fin la puissance de la maison d'Autriche, et la grandeur naissante de la maison de Hanovre.
Ainsi le comte de La Marck et Rottembourg servoient très-utilement l'État de travailler à séparer et à brouiller cette ligue du nord , si utile aux vues et à la puissance de l'empereur et de la maison de Hanovre , qui étoit si occupée de se conserver ses usurpations de Brème et de Verden sur la Suède; et ces ministres ne pouvoient mieux s'y prendre qu'en procurant à la Suède des paix particulières. Châteauneuf aussi avoit grande raison d'empêcher . tant qu'il pouvoit , la Hollande de se joindre aux ennemis de la Suède , en troublant et infestant le peu de commerce qui lui restoit. On ne peut donc assez admirer que l'Angleterre osât vouloir , à visage découvert et sous prétexte d'avis d'amitié , tourner la France à un intérêt si contradictoire à ceux de cette couronne , tonneler le régent en l'effrayant de cabales . et l'obliger à se défaire de ceux qui servoient le mieux les vrais intérêts de leur maître , pour leur en substituer d'autres qui ne prendroient ordres ni instructions que des ministres de Georges, comme on l'a vu depuis pratiquer à découvert après que l'abbé Dubois eut totalement subjugué le régent et par lui tout le royaume.
La paix du nord , sans l'intervention de Georges , auroit été l'événement qui l'auroit le plus sensiblement touché. Il compoit les intérêts et son établissement sur le trône d'Angleterre sujet aux caprices et aux révo-