OBJET DU ROI D'ANGLETERRE
lutions pour rien en comparaison de ses États d'Allemagne et de leur agrandissement. Le czar désiroit sa paix particulière avec la Suède par les avantage qu'il y trouvoit , et par la difficulté pécuniaire d'en soutenir plus longtemps la guerre. La base du traité étoit le rétablissement de Stanislas , de s'emparer de Dantzig , d'y mettre des troupes moscovites et de l'y faire régner pendant la vie de l'électeur de Saxe , dont il auroit été le successeur à la couronne de Pologne , moyennant quoi le czar espéroit faire beaucoup relâcher le roi de Suède sur les conditions de sa paix.
Le roi de Prusse entroit dans ce projet; mais, se défiant du czar, il traitoit séparément avec la Suède. Il y eut divers projets proposés à Berlin pendant le séjour que le baron de Gœrtz , ministre confident du roi de Suède , fit en cette ville. Quoique le traité ne fût qu'entre la Suède et la Prusse , ce dernier prince afi"ectoit de veiller aux intérêts du czar , son allié. Gœrtz offrit de laisser au czar Pétersbourg , une lisière des deux côtés du golfe de Finlande avec tous les ports et havres qui en dépendoient en l'état qu'ils se trouvoient alors, et promettoit sur Revel qu'on trouveroit des expédients pour aplanir la difficulté de cet article. La cession de Stettin et de son district étoit ce qui touchoit le plus le roi de Prusse. Gœrtz disoit qu'il n'avoit pouvoir d'y consentir qu'à condition que le roi de Prusse promettroit en même temps la restitution de toutes les conquêtes de ses alliés , excepté Pétersbourg. C'étoit un engagement qu'il étoit impossible que le roi de Prusse pût prendre. Le czar avoit déclaré positivement qu'à l'exception de la Finlande, il ne restitueroit absolument rien. Il avoit particulièrement dit qu'il vouloit la Livonie et qu'il feroit la guerre plutôt vingt ans encore que de changer quoi que ce soit à la résolution qu'il avoit prise.
Gœrtz augmenta les difficultés en déclarant qu'il ne feroit pas un seul pas dans la négociation si la démolition des fortifications de Wismar n'étoit suspendue. Le roi de Prusse , qui le connoissoit bien , lui fit offrir cent mille écus ; mais pour cette fois ce moyen si sûr avec lui ne réussit pas, et on jugea que Gœrtz avoit pris ailleurs des engagements dont il croyoit tirer davantage ; le soupçon fut que c'étoit avec le roi de Pologne. En effet , Gœrtz demeuroit en Pologne pendant la négociation ; il refusa de se trouver à une conférence avec les ministres de Russie et de Prusse , qui devoit se tenir près de Berlin. Il partit brusquement sans dire adieu , sans avertir , sans déclarer où il vouloit aller , se rendit à Breslau , terre fort suspecte dans ses conjonctures pour le roi de Prusse et pour ses alliés , parce que le roi d'Angleterre avoit averti l'empereur que le czar avoit offert à la France d'attaquer les États héréditaires de la maison d'Autriche, si le régent vouloit donner des subsides pour entreprendre et pour soutenir cette guerre , qui auroient été bien nieux employés que ceux que l'abbé Dubois lui fit donner bientôt après contre l'Espagne. L'avis ajoutoit que la proposition s'étoit faite avant la prise de Belgrade qui avoit fait changer de ton au czar. Mais c'en étoit bien plus qu'il ne falloit pour le rendre suspect à Vienne , et pour faire craindre à ce prince et à ses alliés que cette cour ne fût informée de l'état de la négociation entamée pour la paix du nord.