‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 267 sur 319 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Opiniâtreté d'AIbéroni contre la paix. — Le pape fait imprimer son bref injurieux au roi d'Espagne, qu'Aldovrandi n'avoit osé lui présenter. — Ce nonce fait recevoir la constitution aux évoques d'Espagne. — Anecdote différée. — Servitude du pape pour l'empereur, qui le méprise et fait Czaki cardinal. — Le pape fait arrêtiT le comte Pélerborougli, et, menacé par les Anglois, le relàcbe avec force excuses. — Sa frayeur, et celle du duc de Parme, de l'empereur. — Conseils furieux et fous contre la France de Bentivoglio au pape. — Son extrême embarras entre l'empereur et l'Espagne.

— Ses tremblantes mesures. — Le pape avoue son impuissance pour la paix, — Avis à lEspagne et raisonnements sur Naples. — Mt-sures militaires d'AIbéroni , et sur la paix qu'il ne veut point. — Mystère du testament du roi d'Espagne. — Foiblesse d'esprit du roi d'Espagne guéri. — Vanleries des forces d'Espagne, et conduite il'Albéroni. — Ses mesures. — L'Angleterre arme une escadre. — Forts propos entre le duc de Saint-Aignan et Albéroni. — Chimères de ce cardinal. — Riperda, tout à Albéroni, tient à dcl Maro d'étranges propos. — Dons faits au cardinal Albéroni, qui est nommé à l'évèché de Malaga, puis à rarcbevèché de Séville. — Il montre à del Marc son éloignement de la paix, qui en avertit le roi de Sicile. — Le cardinalat prédit à Albéroni. — Aldovrandi , pensant bien faire d'engager les prélats d'Espagne d'accepter la constitution , est tancé avec ordre de détruire cet ouvrage comme contraire à l'infaillibilité. — Aldovrandi fort malmené, — Griefs du pape contre lui. — Demandes énormes de l'empereur au pape. — Hauteur incroyable de l'empereur avec le pape, qui tremble devant lui, et qui est pressé par l'Espagne. — Reproches entre le cardinal Acquaviva et le prélat Alamannni , de la part du pape. — Mouvements inutiles dans le royaume de Naples. — Soupçons sur le roi de Sicile, qui envoie le comte de Provane à Pans. — Le duc de Modène n'ose donner sa fille au Prétendant, qui est pressé de tous côtés de se marier. — Les neveux du pape vendus à l'empereur. — Foiblesse entière du pape pour le cardinal Albaue, sans l'aimer ni l'estimer. — Crainte de ce neveu à l'égard d'Aldovrandi. — Gallas et Acquaviva également bien informés par l'intérieur du palais du pape. — [Le pape] veut se mêler de la paix entre l'empereur et l'Espagne.

— Hauteur et menaces des Impériaux sur la paix, qui déplaisent en Hollande. — Manèges intéressés de Beretli. — Friponnerie de l'abbé Dubois.

— Manèges intéressés de Monteléon, qui compte sur Chavigny , amené par l'abbé Dubois à Londres, et en est trompé. — Inquiétude chimérique des Anglois d'un mariage du prince de Piémont avec une tille du régent. — Même inquiétude, et personnelle, de La Pérouse. — Il apprend de Penterrieder que l'empereur veut absolument la Sicile, avec force propos hauts et caressants. — H l'assure de tout l'éloignemenl de la France pour le roi do Sicile. — Court voyage de l'abbé Dubois à Paris. — Cajoleries du roi d'Angleterre à la reine d'Espagne et à Albéroni, en cas de mort du roi d'Esp:igne. — Proposition du roi d'Espagne pour entrer en traité avec l'empe-

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leur par l'Angleterre. — Manéf^e des ministres du roi crAuf^lelerri'. — Ils n'ont point de secret pour Penlerrieder. — Résolution du régent sur le traité, mandée par l'abbé Dubois en Angleterre. — Inquiétude des ministres de Sicile à Londres et à Paris. — Éclat entre le roi d'Angleterre et le prince de Galles. — Manège et embarras de la Pérouse. — L'Angleterre arme doucement une escadre pour la Méditerranée. — Plaintes de Monleléon. — Réponse bonnêle , mais claire, des minisires anglois. — Chimère imaginée par les ennemis du régent, qu'il vouloit obtenir de l'empereur la suc cession de la Toscane pour M. son fils. — Beretti, trompé par de faux avis, compte avec grande complaisance sur la Hollande, dont il écrit merveilles en Espagne, et de la partialité impériale des Anglois.

Au milieu de ces confusions et du péril où étoit la vie du roi d'Espagne , le cardinal déclara qu'il ne trouvoit pas les propositions des Anglois suffisantes pour assurer le repos de l'Italie, et qu'il n'enverroit point de ministre à Londres. Il dit à ses amis qu'il ne se laisseroit point endormir par des négociations apparentes ; quïl avoit tout l'hiver devant lui pour prendre ses mesures; qu'il falloit marcher à pas lents, et voir si les nuages du nord ne produiroient pas des tonnerres et des grêles ; que, si le roi d'Espagne pouvoit armer une bonne flotte, plusieurs pourraient changer de ton. Il comploit sur les assurances que Riperda lui donnoit que l'intérêt du commerce ne permettroit point à ses maîtres de s'opposer à l'Espagne; et dans cette confiance Albéroni parloit plus haut même au pape , dont le bref au roi d'Espagne , dont on a parlé , et qu'Aldovrandi n'avoit osé lui présenter , avoit été imprimé en Hollande par ordre du nonce de Cologne. Aldovrandi, fort embarrassé, chercha à faire sa cour au pape par engager les évêques d'Espagne , à qui il écrivit, d'accepter la constitution. Je n'en dirai pas davantage ici sur cette matière. On verra, à l'occasion de mon ambassade en Espagne, ce que l'archevêque de Tolède , qui étoit lors et qui étoit le même [à l'époque de mon ambassade] , m'en dit lui-même sous le dernier secret. Il est mort depuis cardinal.

Le pape , tremblant devant l'empereur , n'en usoit pas avec lui comme il faisoit avec la France et l'Espagne , qui avoient une plus dommageable simplicité. Non-seulement il faisoit à l'instant tout ce qu'il plaisoit à l'empereur, mais sans attendre qu'il le demandât, et sans que ce prince daignât même le remercier. Ainsi l'empereur ayant voulu la promotion de Czaki , archevêque de Colveza et évêque de Yaradin , et sans nomination aucune de sa part, ce prélat fut déclaré cardinal aussitôt, malgré tant de paroles données du premier chapeau à Gesvres, archevêque de Bourges , qui languissoit après depuis si longtemps , et que le pape amusa encore de discours pathétiques.

Une autre affaire embarrassa davantage le pape. Il eut avis que Péterborough , se. promenant en Italie, avoit de mauvais desseins sur la vie du Prétendant. Il le fit arrêter et garder étroitement dans le fort Urbin. Péterborough étoit comte d'Angleterre, pair du royaume, chevalier de la Jarretière. Les Anglois prirent feu sur cet aflront, et le roi d'Angleterre éclata en menaces de bombarder Civita-Vecchia. Le duc de Parme s'entremit. Le pape eut grand'peur, fit force com])limenls à Pé-' Satnt-SimoxN IX. 16

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