‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 274 sur 319 · BERETTI, TROMPÉ PAR DE FAUX AVIS · texte numérisé non relu

BERETTI, TROMPÉ PAR DE FAUX AVIS

le refus de l'expectative pour l'infant don Carlos , dans la vue de l'obtenir pour le duc de Chartres, et comme Beretti n'avoit jamais pu tirer de Stanhope , dans tout leur commerce , sur quel prince le roi d'Angleterre jetoit les yeux pour la Toscane, il se confîrmoit dans ce soupçon. Il cherchoit donc avec encore plus d'inquiétude à découvrir les véritables projets. Duywenworde lui dit un jour que la cour de Vienne proposeroit bientôt un second plan, qui seroit d'ajouter, en faveur de l'empereur, la Sicile à Naples, et Mantoue, avec le petit État de Guastalla, au Milanois; donner la Toscane au duc de Guastalla et la SardaigneàM. de Savoie. Soit que ce fût de bonne foi ou dans le dessein de pénétrer mieux les pensées de Beretti , il déclama contre la mauvaise volonté des Anglois, dit qu'il savoit de bon lieu que le régent appuieroit les raisons du roi d'Espagne , que l'abbé Dubois avoit ordre de parler de manière à réussir et que , quand ce ne seroit pas même le sentiment du régent , il y avoit dans le conseil de régence des hommes assez courageux pour lui résister.

Beretti, flatté de ces dispositions de la France, se tenoit encore plus assuré de celles de la Hollande. Il les regardoit comme son ouvrage, assuroit que [les États] ne se laisseroient point entraîner par l'Angleterre contre l'Espagne, laquelle ils serviroient même s'ils pouvoient. Il vantoit le changement entier du Pensionnaire à cet égard , qui trouvoit très-raisonnables les conditions que le roi d'Espagne avoit demandées , qui lors de la maladie de ce prince avoit marqué beaucoup de tendresse , et qui lui témoignoit à lui une confiance entière , au lieu qu'à Londres , où il n'étoit pas , tout étoit partial pour l'empereur. Beretti attribuoit à cette partialité les plaintes que l'Angleterre avoit portées aux États généraux du refus qu'avoit fait Riperda de se joindre aux envoyés d'Angleterre, pour faire de concert les représentations que les Anglois avoient faites seuls sur l'entreprise de Sardaigne. Il ajoutoit que les principaux de la république , et qui toujours avoient été les plus Anglois, comme Duywenworde et d'autres, ne pouvoient soufirir l'ingratitude de l'Angleterre , qui vouloit exclure la Hollande de la négociation. Il répondoit de l'inutilité des cabales des Impériaux, qui ne pourroient rien opérer par l'Angleterre sans le concours de la Hollande, et que sûrement Riperda , haï à Londres et à Vienne , parce que ses relations étoient favorables à l'Espagne , n'auroit point d'ordre d'adhérer aux instances ni aux menaces des Anglois qui, dans la bouclie de Cadogan, à la Haye , y avoient fort gâté les affaires de l'Angleterre.

Beretti prétendoit que les Holiandois ne pardonnoient point aux Anglois la hauteur de vouloir que les ministre de Hollande dans les pays étrangers fussent choisis , envoyés et rappelés suivant le caprice de la cour d'Angleterre , comme ils le vouloient pour Riperda et même pour Châteauneuf, ambassadeur de France à la Haye, qui ne se conduisoit pas selon leurs sentiments; et qu'ils disoient qu'il falloit savoir s'il agissoit par ceux des mécontents de France ou par ceux du régent, pour s'éclaircir des véritables intentions de ce prince. Widword pourtant, qui sembloit plus modéré à Beretti, avouoit que ce qu'il y avoit de plus sensé dans la république étoit cordialement disposé à

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