LA RAQUETTE ET LES BIRON
cation et de loisir, qu'il voulut aller passer avec eux toute une aprèsdînée à la Raquette ', où le duc de Noailles lui donna ensuite à souper. Ce fut le 6 janvier.
La Raquette est une dépendance du faubourg Saint-Antoine , où le duc de Noailles avoit emprunté une fort jolie maison d'un financier appelé du Noyer, recrépi d'une charge de greffier du parlement. Ce richard, pour ses péchés, s'étoit dévoué à la protection des Biron qui, en bref, le sucèrent si parfaitement qu'il est moit sur un fumier, sans que pas un d'eux en ait eu souci ni cure. C'étoit leur coutume; plusieurs autres les ont enrichis de toute leur substance , et en ont éprouvé le même sort. Mme de Biron en rioit comme d'une fine souplesse, et comptoit leur avoir fait encore trop d'honneur.
Le chancelier et Law se rendirent de bonne heure à la Raquette. La séance y fut longue et appliquée de tous côtés; mais elle fut l'extrémeonction des deux amis. Le régent prétendit n'avoir trouvé que mauvaise foi dans le duc de Noailles, aheurteraent aveugle dans le chancelier esclave de toutes formes contre des raisons péremptoires et les ressources évidentes de Law. Je l'ai déjà dit, cetÉcossois, avec une énonciation de langue peu facile , avoit une netteté de raisonnement et un lumineux séduisant , avec beaucoup d'esprit naturel qui , sous une surface de simplicité , mettoit souvent hors de garde. Il prétendoit que les obstacles qui l'arrêtoient à chaque pas faisoient perdre tout le fruit de son système , et il en sut si bien persuader le régent , que ce prince les força tous pour s'abandonner à lui.
Les esprits qui commençoient à s'échauffer en plus d'une province , par les pratiques sourdes qui s'y faisoient, eurent part à une diminution de huit cent mille livres sur la capitation, et à quelques autres grâces accordées aux états de Languedoc. Bàville , depuis trente ans roi et tyran de cette grande province sous le nom d'intendant , y contribua beaucoup ; il en étoit la terreur et l'horreur , si on en excepte un bien petit nombre de personnes. Sa surdité étoit venue à un point qu'on ne pouvoit presque plus s'en faire entendre. Il voulut quitter un emploi qu'il ne pouvoit plus exercer, et il désira en sortir avec une apparence de bonne grâce de la province en lui procurant ce soulagement. Il revint, en effet, quelque temps après avec une pension de douze mille livres, et vécut le resie de sa carrière à Paris s ns aucune fonction, dont ses oreilles le rendoient incapable, fort relire dans sa famille, et ne voyant que quelques amis particuliers. C'étoit un dangereux homme , que les ministres avoient toujours tenu éloigné en le consolant par une autorité absolue , et une des meilleures tètes qu'il y eût en France, dont la capacité et le naturel absolu , avec beaucoup desprit , se fit également craindre de tous les gens successivement en place.
I. Le iiianiiscrit porte la Raquette et non liC Eoquette, comme ont lu les précédenls éditeurs. D'anciens plans de Pnris désignent sous le nom de Raquette, une maison de plaisance située au faubourg Sainl-Anloine et enlourée de vastes jardins. Le nom de Roquette a fini par prévaloir et s'applique encore aujourd'hui à une maison d'hospitalières du faubourg Saint-Antoine el à une rue qui aboutit à la place de la BasLille.