CONSPIRATION CONTRE LE REGENT
gnement confus encore l'Espagne , et je gémissois en silence de la mollesse et de l'aveuglement de M. le duc d'Orléans. Outre qu'elle ne lui étoit que trop naturelle , la misérable crainte du parlement qui de longue main l'avoit saisi , comme on l'a vu , lui avoit toujours depuis été de plus en plus inculquée par l'intérêt de Canillac, qui s'éloit figuré de gouverner cette compagnie par le crédit qu'il croyoit avoir hérité de Maisons et par celui dont se paroit sa veuve qui en tenoit chez elle de petites assemblées -, par la perfidie d'Effiat , qui servoit ses deux amis et qui se rendoit un personnage par ses entremises entre son maître et le parlement auquel il le vendoit ; par la frayeur du duc de Noailles, si longtemps son instrument pour tout et dont les transes l'avoient , comme on l'a vu , jeté dans la bassesse de compter des finance^ devant des commissaires du parlement, en présence du régent qu'il y avoit entraîné avec lui; enfin, par l'écho d'un gros de valets et de bas courtisans qui vouloieut plaire à la mode ou qui connoissoient la foiblesse de leur maître. Ce prince , dont la confiance en moi n'étoit point refroidie , étoit pourtant en garde contre moi surtout ce qui regardoit le duc de Noailles, d'Effiat, le premier président et le parlement, et comme je m'en étois bien aperçu depuis longtemps et que cette prévention rendroit tous mes conseils à ces égards inutiles, depuis longtemps aussi j'évitois avec grand soin de lui en jamais rien dire, et si quelquefois il m'en parloit , je répondois vaguement, courtement avec une transition prompte et affectée ù d'autres choses.
La pièce principale pour l'exécution pourpensée et projetée de toute cette cabale, étitit le parlement. Il le falloit remuer par les vues du bien public, l'exciter par les profusions et les mœurs du régent. Le système de Law et sa qualité d'étranger de nation et de religion furent d'un grand usage pour en imposer aux honnêtes gens du parlement et au gros de cette compagnie. La vanité de devenir les modérateurs de l'État l'aiguillonnoit tout entière. Il falloit cheminer par degrés pour accoutumer le parlement à une résistance qui aigrît le régent ou qui l'abattît , dont on pût tirer de grands avantages et se conduire peu à peu où on tendoit, sans que presque personne de ce très-grand nombre qu'on prati- \ quoit partout sût jusqu'où on levouloit mener, et le forcer après par la nécessité où on l'auroit poussé, des conjonctures et des engagements. L'autorité des lois et du parlement étoit un abri nécessaire à qui vouloit le plus les enfreindre. Il en falloit nécessairement rendre cette compagnie complice pour les violer impunément : tel fut le projet bien suivi et avec toute apparence du plus grand succès, mais que la Providence, \ protectrice des États et des rois foibles et enfants , sut confondre. *
Ils trouvèrent donc* qu'il étoit temps de commencer. Le parlement '| sema force plaintes pour préparer le public , tant sur les finances et sur 'r Law, que sur la forme du gouvernement, par les conseils qu'il préten- "^ dit allonger fort les affaires et les rendre beaucoup plus coûteuses qu'el- •i' les n'étoient avant leur établissement. Ces précautions prises , le parle- ? ment s'assembla le matin et le soir du 14 janvier, sous le prétexte :\ d'enregistrer l'édit de création des deux charges , l'une de trésorier des ^ bâtiments , l'autre d'argentier de l'écurie , qu'ils avoient longtemps sus*