‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 294 sur 319 · MOUVEMENTS DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DU PARLEMENT

pendue , et où ils firent plusieurs modifications. En ces deux assemblées , qui continuèrent le matin et l'après-dînée du lendemain, ils résolurent des remontrances et force demandes des plus hardies , et mandèrent le prévôt des marchands à leur venir rendre compte de l'état des afi'aires de l'hôtel de ville. Le premier président et les gens du roi vinrent rendre compte au régent de ce qui s'étoit passé au parlement, au sortir de chacune des deux premières séances.

Les mêmes assemblées continuèrent les deux jours suivants et le troisième encore, mais chez le premier président, pour rédiger leurs remontrances par écrit et leurs demandes. Law, sans y être nommé, y étoit fortement attaqué , ainsi que l'administration du régent au fond et en la forme. Elles ne tendoient pas à moins qu'à se mêler de tout avec autorité , et à balancer celle du régent de manière à ne lui en laisser bientôt plus qu'une vaine et légère apparence.

Informé à peu près de ce qui se préparoit , il m'en parla avec plus de feu et de sensibilité qu'il n'en avoit d'ordinaire. Je ne répondis rien. Nous nous promenions tout du long de la galerie de Coypel et du grand salon qui est au bout sur la rue Saint -Honoré. Il insista, et me pressa de lui parler. Alors je lui dis froidement qu'il savoit bien qu'il y avoit longtemps que je ne lui ouvrois pas la bouche sur le parlement ni sur rien qui pût y avoir rapport, et que, lorsqu'il m'en avoit quelquefois ouvert le propos, j'en avois toujours changé et évité d'entrer en aucun discours là-dessus; que, puisqu'il me forçoit aujourd'hui, je lui dirois que rien ne me surprenoit dans cette conduite; qu'il se pouvoit souvenir que je la lui avois prédite, et que je lui avois dit, il y avoit longtemps, que sa mollesse à légard du parlement le conduiroit enfin à n'être plus régent que de nom , ou à la nécessité d'en reprendre l'autorité et les droits par des tours de force très-hasardeux. Là-dessus il s'arrêta, se tourna à moi, rougit, se courba tant soit peu, mit ses deux poings sur ses côtés, et me regardant en vraie et forte colère : « Mort!... me dit-il , cela vous est bien aisé à dire à vous qui êtes immuable comme Dieii, et qui êtes d'une suite enragée.» Je lui répondis avec un sourire et un froid encore plus marqué que devant : «Vous me faites, monsieur, un grand honneur de me croire tel que vous dites; mais si j'ai trop de suite et de fermeté, je voudrois vous en pouvoir donner mon excédant, cela feroit bientôt deux hommes parfaits , et vous en auriez bon besoin. » Il fut tué à terre, ne répondit mot et continua sa promenade à phjs grands pas , la tête basse , comme il avoit accoutumé quand il étoit embarrassé et fâché , et ne proféra pas un mot depuis le salon où cela se passa jusqu'à l'autre bout de la galerie. Au retour, il me parla d'autre chose , que je saisis avidement pour rompre la mesure sur le parlement.

Le 26 janvier , le parlement alla , sur les onze heures du matin , faire ses remontrances au roi en présence de M. le duc d'Orléans. Le premier président les lut tout haut : elles étoient de la dernière force contre le gouvernement, et en faveur des prétentions du parlement, et par plusieurs demandes qui étoient autant d'entreprises les plus fortes. Le régent ne dit pas un mot ; le roi , que son chancelier leur rendroit sa ré-

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