‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 302 sur 319 · ROUILLÉ QUITTE LES FINANCES · texte numérisé non relu

ROUILLÉ QUITTE LES FINANCES

d'abord ; mais il fut sensible au cri public, à la louange du chancelier, et à le plaindre.

Toute la robe , vivement intéressée à un chef qui étoit véritablement idolâtre d'elle, et tout ce qui cabaloit d'ailleurs contre le régent, aidés des échos qui répètent tout ce qu'ils entendent, élevèrent d'autant plus d'Aguesseau que le contre-coup naturel portoit davantage en aigre censure contre le régent et contre son gouvernement. Il avoil bien et longtemps combattu , avant de se résoudre à ce tour de force. Il n'y étoit venu qu'à la dernière extrémité. Épuisé de l'avoir fait et abattu, de la manière dont il étoit reçu du monde , il retomba dans sa foiblesse naturelle à l'égard de l'autre parti. L'esprit et la tribu de Noailles lui fit peur. Non content d'avoir mis le duc de Noailles dans le conseil de régence , quoique le véritable criminel , tandis qu'il exiloit le chancelier et ne lui ôtoit les sceaux que pour avoir été l'esclave de Noailles, il jeta tout de suite à la tête de ce dernier la survivance de sa charge et de ses gouvernements pour son fils à la jaquette, qui n'avoit pas encore cinq ans, lui fut obligé d'avoir bien voulu l'accepter, et ne lui marqua jamais tant de considération et d'amitié. Si le public s'irrita de la disgrâce du chancelier, il ne se scandalisa pas moins aigrement des grâces prodiguées au duc de Noailles, et n'applaudit dans tout cet événement, qu'à lui voir ôter les finances où il s'étoit extrêmement fait haïr de tout ce même public et des particuliers. Mais il tenoit le bon bout encore. Les propos le touchèrent peu , et il a montré par toute la suite de sa vie et par son propre exemple , le peu de cas qu'on peut et doit faire de sa réputation , qu'il a sans cesse vendue pour ce qu'il a estimé être plus réel.

Par une suite nécessaire , Rouillé du Coudray , qui avoit été son bras droit et souvent son conducteur dans les finances , n'y put être conservé. Depuis assez longtemps , il n'y faisoit presque plus rien que continuer à se faire mépriser et détester par ses brutalités et ses continuelles indécences , abruti par le vin et par toutes sortes de débauches. Il s'y plongea de plus en plus depuis qu'il n'eut plus l'occupation des finances, et acheva ainsi une assez longue vie dans les vices dont il faisoit trophée , laissant admirer qu'avec une capacité très-médiocre, une grossièreté et une brutalité extrême , une indécence continuelle qui n'avoit honte de rien, il fût devenu sous le feu roi directeur des finances et conseiller d'État, et depuis, tout-puissant dans les finances, et le tout, comme on l'a vu, par la protection de MM. de Noailles père et fils. Il eut, en quittant les finances, douze mille livres de pension.

Machault, maître des requêtes, eut la police dont il fit la moindre de ses occupations , sur le pied plus que scabreux où Argenson l'avoit mise. Aussi n'y satisfit-il ni soi ni le régent, et n'y put demeurer longtemps. C'étoit un homme intègre et capable , exact et dur , magistrat depuis les pieds jusqu'à la tête, fantasque et bourru, qui ne se radoucissoit qu'avec des créatures de mauvaise vie , dont il ne se laissoit jamais manquer.

Châteauneuf , revenant de Hollande où il avoit très-bien servi, et qui avoit une pension de six mille livres, en eut une pareille en augmenta-

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