‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 301 sur 319 · SUR LE CHANCELIER · texte numérisé non relu

SUR LE CHANCELIER

faveur de cette vile robe , dont l'impalliable afflige sa sensible délicatesse , sans le déprendre de la soutenir. Je dis vile robe , telle qu'un procureur du roi ou un juge royal de justice très-subalterne, dont les friponneries et les excès , demeurés à découvert et incapables d'excuses , en trouvent dans son cœur et dans son esprit, et jusque dans sa raison et sa justice, quand elles ont perdu toutes ressources d'ailleurs. Alors il se jette sur les exhortations à pardonner les choses les moins pardonnables et les plus susceptibles de recommencer de nouveau : il allègue comme un grand malheur les conséquences du châtiment qui obscurcit tout un petit siège; sur la nécessité de procéder dans les formes, en attaquant juridiquement ce petit officier, et quelque cher et long que cela puisse être, de se rendre partie contre lui. Ces exemples arrivent tous les jours sur les faits les plus criants, sans qu'aucunes suites qui , pour ce premier exil et première perte des sceaux lui ont été fatales, ni aucunes considérations aient jamais pu avoir aucune prise sur lui à cet égard , d'où naissent des inconvénients sans nombre par la certitude que toute robe a sa protection , que rien ne peut aft'oiblir. Oser se pourvoir en cassation d'arrêts des parlements , ou contester quoi que ce soit à ces compagnies en général ou en détail personnel en aucun genre , est une profanation qui lui est insupportable , quoiqu'il ait été plus d'une fois et en face bien mal récompensé de cette espèce de culte et en pleine séance au parlement , sans que rien l'en ait pu détacher. S'il voit que , malgré ce qu'il a pu tenter pour parer , la cassation passe au conseil , il interrompt contre la règle , harangue , se rend l'avocat du parlement et de son arrêt, et cela des autres parlements comme de celui de Paris. Il reprend les voix, il intimide les maîtres des requêtes, cherche à embarrasser le rapporteur et les commissaires , il reprend les avis. Tout le conseil s'en plaint et s'accoutume à lui résister respectueusement mais fermement , et ne s'en cache pas. S'il sent enfin qu'il ne gagne rien , et que l'arrêt passe , il ne peut toutefois se résoudre à prononcer le blasphème de cassation. Il a inventé pour l'éviter une formule jusqu'à lui inconnue. Il prononce que , « sans s'arrêter à l'arrêt du parlement, etc., qui demeurera comme non avenu, etc.; » et les parlements qui sentent et comptent sur cette vénération si loin poussée pour eux , n'ont cessé d'en abuser , et tout cela pourtant de la meilleure foi , et avec l'intégrité la plus parfaite.

On peut juger de là combien d'Aguesseau étoit peu propre à soutenir l'autorité royale résidente dans un régent , contre les entreprises du parlement; et je ne craindrai point de le dire, combien, à l'entrée de ces mouvements, qui annonçoient tant de choses, il étoit important de renvoyer ce premier magistrat, d'ailleurs si digne de toute autre place, mais si peu propre à la première de son état , où le duc de Noailles l'avoit bombardé en un instant , uniquement pour soi , en abusant en cela, comme en bien d'autres choses, de la facilité du régent, qui, ébloui de la grande réputation de celui qu'il lui proposa à l'instant de la vacance , l'en crut sur sa parole , sans connoissance de celui qu'il mettoit si subitement dans une place si importante. Ce prince n'avoit guère tardé à se repentir d'un choix si brusque , dont il s'étoit enivré

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