I. CAUSES DE LA DISGRACE DE FOUQUET. — SON PROCÈS. Page
Saint-Simon parlant de la disgrâce de Fouquet , dit que la principale cause de son malheur fut un peu trop de galanterie et de splendeur (p. 36 de ce volume). Le jugement de l'histoire est plus sévère. Tout le monde sait que le château de Vaux ' coûta des sommes énormes , et que Louis XIV indigné fut sur le point de faire arrêter Fouquet au milieu des fêtes qu'il donnait à la cour. Quant à la galanterie de Fouquet , il suffira de rappeler que les lettres trouvées dans sa cassette ne furent pas toutes détruites , comme on l'a souvent répété ; elles existent encore pour la plupart, et attestent les folles prodigalités du surintendants On prétend que Fouquet, enivré de sa fortune , osa élever ses prétentions jusqu'à Mlle de La Vallière. Cette accusation , reproduite dans quelques Mémoires du temps 3, reçoit une nouvelle confirmation de la lettre suivante qu'une des entremetteuses de Fouquet lui écrivait :
a Je ne sais plus ce que je dis ni ce que je fais lorsqu'on résiste à vos intentions. Je ne puis sortir de colère lorsque je songe que la petite demoiselle de La Vallière a fait la capable avec moi. Pour captiver sa bienveillance , je l'ai assurée sur sa beauté , qui n'est pourtant pas grande '^; et puis lui ayant fait connoître que vous empêcheriez qu'elle manquât jamais de rien , et que vous avez vingt mille pistoles pour elle , elle se gendarma contre moi, disant que deux cent cinquante mille livres n'étoient pas capables de lui faire faire un faux pas ; et elle me répéta cela avec tant de fierté , quoique je n'aie rien oublié pour l'adoucir avant de me séparer d'elle , que je crains fort qu'elle n'en parle au roi , de sorte qu'il faut prendre des devants pour cela ^. Ne trouvez-vous pas à propos
\. Vaux-le-Vicomte (déparlem. delà Marne).
2. Ces lellres ont été conservées par Baluze, bibliothécaire de Colbert, et font aujourd'hui partie des manuscrits de la Bibliothèque impériale. C'est de là que j'ai tiré plusieurs des pièces citées dans celte note.
3. Voy. principalement les Mémoires du jeune Brienne (H. L. de Loménie).
4. La copie de celle lettre se trouve dans les manuscrits Conrart, bibliothèque de l'Arsenal, in-4°, t. XI, p. ^52. On comprend que l'original d'une pareille lettre ail été détruit; mais, comme on retrouve dans les papiers de Fouquet plusieurs lettres dont les copies, données par Conrart, reproduisent l'esprit, sinon les expressions, il n'y a pas de molif suffisant pour rejeter cette lettre comme apocryphe. La copie est de la main de Conrart.