AVIDITÉ DU PAPE
ministre à laquelle tout le reste tenoit , sembloit s'approcher de plus en plus, l'impatience du pape de se saisir en Espagne d'usurpations utiles, pensa tout renverser. Il vouloit s'approprier la dépouille de évêqnes, qui étoit un des points des différends entre les deux cours. On a vu qu'il l'avoit fait demander comme par provision par le P. Daubenton, en attendant que cet article fût réglé; on a vu aussi le mauvais succès de cette inique demande.
Le pape ne s'en rebuta pas : n'y pouvant plus employer Aubenton , il envoya un ordre direct à Giradilli , auditeur qu'Aldovrandi avoit laissé à Madrid , de faire pressamment la même demande , qui obéit par des instances si fortes et si réitérées , qu'il fut au moment d'être chassé de Madrid , dont Albéroni ne s'excusa que sur ce que cet homme étoit connu depuis longtemps pour être agent du cardinal Acquaviva. Le premier ministre jeta les hauts cris sur l'ingratitude de Rome pour la reine qui avoit tout fait pour cette cour. Il entra sur cela en de grands détails et en de grands raisonnements, couverts du prétexte du zèle pour la gloire et le service du pape et de la religion , qui en souffroient beaucoup. Il protestoit , en même temps , que ce n'étoit que par une vue si pure qu'il déploroit les retardements que cette cour apportoit à la grâce que la reine demandoit avec tant d'instance et depuis si longtemps , sa promotion , qui perdroit son nom et son mérite pour devenir justice, si elle n'étoit accordée que lors de celle des couronnes. Il pré- Yoyoit , avec une grande douleur , que la reine , voyant le pape inflexible sur un point qui touchoit son honneur , se porteroit aux dernières extrémités si cette satisfaction qu'elle attendoit, et le roi aussi, avec la dernière impatience, se différoit plus longtemps. Cet homme détaché ne donnoit ces avis que par zèle pour le saint-siége; sans retour sur soi-même . en homme fidèlement attaché au pape , occupé de contribuer à sa gloire et à son repos ; qu'un particulier comme lui étoit trop content des assurances du pape; que deux ou trois mois de plus ou de moins ne lui étoient rien; qu'il désireroit faire de plus grands sacrifices; mais qu'il n'osoit parler, parce que le roi et la reine lui reprocheroient qu'il ne songeoit qu'à ses intérêts particuliers, et comptoit peu leur honneur offensé. Il ajoutoit que, quelque puissante que fût la raison de l'honneur et de la réputation de têtes couronnées, l'impatience de la reine étoit fondée sur des raisons particulières et secrètes, qui n'étoient pas moins pressantes que celles du point d'honneur. Il les expliquoit à ses amis à Rome : il leur disoit que la reine envisageant le présent et l'avenir , que d'un côté elle voyoit la nécessité de donner un nouvel ordre au gouvernement de la monarchie, et de supprimer ces conseils qui ne se croyoient pas inférieurs à l'ancien aréopage, et en droit de donner des lois à leurs souverains; d'un autre côté, elle considéroit la santé menaçante du roi d'Espagne par sa maigreur, ses vapeurs, sa mélancolie; par conséquent le besoin qu'elle avoit d'un ministre fidèle à qui elle pût tout confier, lequel pour pouvoir lui donner ses conseils sans crainte, avoit besoin nécessairement d'un bouclier tel que la pourpre romaine, pour le mettre à couvert de ceux qu'il ne pourroit éviter d'offenser. Mais lorsqu'il écrivoit de la sorte , il avoit réduit tous les