‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 44 sur 319 · MENACES D'ALBÉRONI · texte numérisé non relu

MENACES D'ALBÉRONI

conseils à néant, dont il avoit pris, lui tout seul, les fonctions, les places , le pouvoir. Il n'avoit pas craint de le mander à tous les ministres que l'Espagne tenoit au dehors , avec défense de rendre aucun compte à qui que ce soit qu'à lui seul des affaires dont ils étoient cliargés, et de ne recevoir ordre de personne que de lui, ainsi qu'il se pratiquoit dans tout l'intérieur de la monarchie.

Il voyoit aussi les choses de trop près pour pouvoir se flatter que la reine venant à perdre le roi , ce qui n'avoit alors qu'une apparence fort éloignée , les Espagnols qui abhorroient sa personne et le gouvernement étranger, qui n'airaoient guère mieux une reine italienne qui n'étoit pas la mère de l'héritier présomptif et nécessaire ; qui n'avoit eu aucun ménagement pour eux, et assez peu pour ce prince qui leur étoit si cher, se laissassent subjuguer une seconde fois par une reine et un ministre étrangers, qui n'auroient plus le nom du' roi pour couverture, pour prétexte et pour bouclier. Il n'y avoit pas si longtemps que la minorité de Charles II étoit passée pour avoir oublié que les seigneurs , ayant don Juan à leur tête , firent chasser les favoris et les ministres confidents de la reine mère et régente, fille et sœur d'empereurs, par conséquent elle-même de la maison d'Autriche , le P. Nithard à Rome , Vasconcellos aux Philippines , et lui ôtèrent toute son autorité. Mais tout étoit bon à Albéroni pour leurrer le pape et l'amener au point où il vouloit le réduire, qui étoit de le déclarer cardinal sans plus de déifii. Reste à voir ce que c'est qu'une dignité étrangère qui met à l'abri de tout, par conséquent qui permet et qui enhardit à entreprendre tout. C'étoit aussi l'usage qu' Albéroni se proposoit bien de faire de cette dignité après laquelle il soupiroit avec tant d'emportement , s'embarrassant très-peu d'ailleurs des succès de tant de négociations , dont les événements à venir étoient si importants à l'Espagne , et faisoient le principal et peutêtre le seul objet du roi et de la reine d'Espagne.

Pour plaire à Stanhope il vouloit accorder le congé à Monteléon qui le demandoit, fatigué de n'être instruit de rien, du changement à son égard des ministres restés à Londres depuis le départ pour Hanovre , et d'être mal payé de ses appointements. Quoiqu'il aimât mieux Beretti son compatriote , il le laissoit sans aucune instruction à la Haye sur ce que la France y traitoit. L'abbé Dubois, qui, après avoir arrêté l'alliance à Hanovre, étoit venu à la Haye pour la conclure et la signer, et pour aider à Châteauneuf à y faire entreries États généraux, assuroit Beretti qu'il n'y avoit rien dans ce traité que de conforme aux intérêts du roi d'Espagne; lui et Châteauneuf l'avertissoient que la Hollande avoit résolu de faire avec l'empereur une alliance particulière; qu'il étoit à craindre que son exemple n'y entraînât les autres provinces de cette république; qu'ils dévoient tous trois travailler de concert à la traverser; qu'il étoit nécessaire qu'il parlât fortement là-dessus auï bourgmestres d'Amsterdam et de Rotterdam. Beretti , qui étoit très-défiant, et qui étoit livré à lui-même parce qu'il ne recevoit aucune instruction d'Albéroni, comme on l'a remarqué, se figura que le but des ambassadeurs de France étoit de confirmer de plus en plus la validité des renonciations , d'employer toutes sortes de matériaux pour en con-

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