ALBÉRONI FAIT DIVERS PROJETS
solider l'édifice , engager le roi d'Espagne dans l'alliance qu'ils étoient sur le point de signer avec l'Angleterre et la Hollande, et à donner luimême par là une nouvelle approbation et une nouvelle force au traité d'Utrecht.
Dans une conjoncture qui lui sembloit si délicate , Beretti déplaisoit d'autant plus à Albéroni , qu'il lui demandoil des ordres précis que ce confident de la reine ne lui vouloit pas donner. Il lui reprochoit son inquiétude et sa curiosité. Il l'avertissoit de se régler sur l'indiflérence que le roi et la reine d'Espagne témoignoient sur les alliances négociées par la France , de ne pas chercher à pénétrer au delà des instructions qu'on lui vouloit bien donner , de se souvenir que c'étoit à Madrid qu'ils vouloient traiter si la Hollande vouloit faire avec l'Espagne une alliance d'autant plus avantageuse que le roi avoit pris la résolution d'admettre désormais tous les étrangers au commerce des Indes , de ne faire aucunes représailles sur les marchandises embarquées en temps de paix , moyennant de leur part l'engagement réciproque de n'attaquer aucun vaisseau revenant des Indes, et si ce projet s'exécutoit, donner à tout commerçant étranger voix dans la junte générale que le roi établiroit à Cadix pour le commerce. Le projet étoit de supprimer en même temps la contractation de Séville et d'abolir l'induit ' . qu'on imposoit depuis longtemps sur les vaisseaux qui revenoient des Indes, au lieu duquel on établiroit un tarif certain sur les retours des flottes. Le dessein étoit aussi d'armer huit vaisseaux pour lesquels on attendoit les agrès de Hollande pour la fin de l'année , qui dévoient partir en avril , de faire apporter tout le tabac à Cadix, vendu désormais sur le seul compte du roi , dont on faisoit espérer un profit du double , dont on verroil l'eflet en 1718, et qu'en attendant on offroit déjà pour l'année 1717 une augmentation de trois cent mille écus. Albéroni se flattoit de rendre le commerce d'Espagne plus florissant que jamais par sa prévoyance , et par la plénitude d'autorité qui lui seroit confiée , et il commença à la fin de cette année 1716 à faire travailler aux ports de Cadix et du Ferrol en Galice dont la situation est admirable, sur lequel on avoit de grandes vues , et le lieu principal où on se proposoit de bâtir des vaisseaux.
Un autre projet proposé par le prince de Santo-Buono-Carraccioli , vice-roi du Pérou , homm>e de beaucoup d'esprit et de mérite , fut de démembrer de son commandement les provinces de Santa-Fé, Carthagène. Panama, Quito, la Nouvelle-Grenade, pour en faire le département d'un troisième vice-roi, résidant à Santa-Fé, et cela fut approuvé du roi d'Espagne. Le marquis de Valero, vice-roi du Mexique, donnoit aussi de grandes espérances ; il vouloit être regardé comme attaché à la reine. C'étoit de ce nom qu'Albéroni appeloit ses amis, et ce fut de ceux-là dont il tâcha de remplir les places subalternes lorsqu'il changea tous ces postes au commencement de 1717. Les abus étoient grands et
< . Le mot induit a ici un sens particulier et désigne le droil que le roi d'Espap,ne prélevait sur les galions qui apportaient les produits de l'Amérique espagnole. La contractation de Séville était la chambre de comuierce de celte