CHAPITRE II
Traité de Vasiento signé à Madrid avec l'Angleterre. — Monteléon dupe de Stanliope, jouet d'Alhéroni. — Le roi d'Angleterre à Hanovre. — L'abbé Dubois va cbercher Stanhope passant à la Haye , revient sans y avoir rien fait, repart aussitôt pour Hanovre. — Jugement des Impériaux sur la fascination du régent pour l'Angleterre. — Chétive conduile du roi de Prusse. — Il attire chez lui des ouvriers l'rançois. — Aldovrandi, d'nbord très-mal reçu à Rome, gagne la confiance du pape. — Nuage léger entre lui et Albéroni, lequel érlate contre Giudice, dont il ouvre les lettres, et en irrite le roi d'Espagne contre ce cardinal. — Étranges
4. Yoy. les Mémoires de Louville, publiés sous le titre de Mémoiif s secrets sur l'établissement de la maison de Bourbon en Espagne {VdiXifi, 1818, 2 vol. in-8).
12 TRAITÉ DE l'aSIENTO. [1716]
bruits publiés en Espagne contre la reine. — Albéroni les fait retomber sur Giudice. — La peur en prend à Celiamare, son neveu, qui abandonne son oncle. — Albéioni invente et publie une fausse lettre flatteuse du rétient à lui, et se pare de ce mensonge. — Inquiétudes et jalousie d'Albéroni sur les François qui sont en Espagne. — Il amuse son ami Monli, lempèche de quitter Paris pour Madrid, lui prescrit ce qu'il lui doit écrire sur la reine, pour le lui montrer et s'en avantager. — Son noir manège coni: e le régent auprès du roi d Espa;;ne. — Son extrême dissimulation. — 11 veut rétablir la marine d Espagne. — Ses manèges. — Belle leçon sur Rome jxiur les bons et auctes serviteurs des rois. — Attention de l'Espagne pour l'Angleterre sur le départ de la flotte pour les Indes, et des HuHandois pour l'Espagne sur leur traité à faire avec l'Angleterre et la France. — Difficultés du dernier renvoyées aux ministres en Angleterre. — Scélératesse de Staiis. — Pertidie de Walpole. — Frayeurs et mesures d'Albéroni contre la venue des Parmesans. — li profite de celles du pape sur les Turcs, et redouble de manèges pour son chapeau, de promesses et de menaces. — Giudice publie des choses épouvantables d'Albéroni, bien délendu par Aubenton et Aldovrandi. — Mulinez fait grand inquisiteur d'Espagne. — Quel étoil le duc de Parme à l'égard d'Albéroni. — Idées bien confuses de ce prince. — Le pape s'engage enfin à donner un chapeau à Albéroni. — Impossibilité présente peu durable. — Avis d'Aldovrandi à Albéroni. — Aventure des sbires qui suspend d'abord, puis confirme l'engagement en faveur d'Albéroni. — Art et bassesse d'Acquaviva. — Raison de tant de détails sur Albéroni. — Acquaviva, par ordre d'Espagne, transfuge à la constitution. — Promesses, menaces, manèges d'Albéroni et d'Aubentou pour presser la promotion d'Albéroni. — Invectives atroces de Giudice et d'Albéroni. l'un contre l'autre, — Fanfaronnades d Abéroni, et sa frayeur de l'arrivée à Madrid du mari de la nourrice de la reine et de leur fils capucin. — Quels ces trois personnages. — Albéroni ciaint mortellement la venue d'un autre Parmesan ; écrit aigrement au duc de Parme.
Rendu à lui-même par le départ de Louville, Albéroni n'eut rien de plus à cœur que de terminer au gré des Anglois toutes les difficultés qui festoient sur Vasiento. Le traité fut signé à Madrid le 27 juillet, mais comme l'affaire duroit depuis longtemps, il fut daté du 26 mai, et les ratifications du 12 juin qui furent aussitôt réciproquement fournies. Monteléon ignoroit parfaitement tout ce qui se passoit entre l'Angleterre et l'Espagne. Il en déploroit la lenteur, et de se voir réduit à poursuivre de misérables bagatelles lorsqu'il auroitpu traiter utilement. Il voyoit que le traité proposé par la France à l'Angleterre n'avançuit point, il se persuadoit que l'intelligence entre l'empereur et le roi de la Grande-Bretagne n'étoit pas si grande depuis l'opposition que la compagnie du Levant à Londres avoit mise à un emprunt que l'empereur y voulut faire de deux cent mille livres sterling sur la Silésie , et que le traité fait entre eux ne contenoit rien de préjudiciable à l'Espagne. Le roi d'Angleterre avoit passé en Allemagne en juillet. Il avoit laissé le prince de Galles régent sous le titre de gardien du royaume , et ce prince, changeant de matières à l'égard de la nation, cherchoit à lui plaire, mais sans cacher son désir de se venger de Cadogan, et de Bothmar, minisire unique pour Hanovre, à qui il attribuoit les mauvais traitements que le duc d'Argyle, son favori, avoit reçus du roi son père. Le