‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 8 sur 319 · DUBOIS VA CHERCHER STANHOPE · texte numérisé non relu

DUBOIS VA CHERCHER STANHOPE

prince traitoil Monteléon avec dislinction et familiarité; et cela persuadoit cet ambassadeur qu'il étoit toujours sur le même pied en Angleterre, quoiqu'il ne reçût que rudesses, et pis encore de Methwin', qui tenoit la place de Stanhope pendant son absence à la suite du roi d'Angleterre à Hanovre. Ainsi Monteléon , avec tout son esprit et ses lumières , étoit la dupe de Stanhope qui le craignoit , et le jouet d'Albéroni qui ne l'aimoit point.

Châteauneuf , que nous avons vu ambassadeur en Portugal , à Constantinople , et sans caractère chargé d'atTaires en Espagne , et avec réputation , étoit devenu conseiller d'État , et étoit lors ambassadeur à la Haye. Il avoit eu plusieurs conférences inutiles sur le traité avec Walpole , envoyé d'Angleterre, qui agissoit de concert avec le Pensionnaire, et Duywenworde disoit qu'il n'auroit pouvoir de conclure et de signer que lorsque le Prétendant auroit passé les Alpes. Stanhope et Bernstorff, passant à la Haye pour aller à Hanovre , avoit dit que la France avoit plus besoin de l'alliance proposée que l'Angleterre ; et ils avoient assuré les ministres de l'empereur qu'ils ne se relâcheroient point de leurs demandes , et ne feroient rien de contraire aux intérêts de l'empereur. Ils avoient les uns et les autres des conférences avec les députés des États généraux aux affaires secrètes, et les pressoient d'entrer dans l'alliance signée entre ces deux puissances; mais la république, qui en craignoit un engagement et un renouvellement de guerre , éludoit toujours. L'abbé Dubois, qui n'avoit fondé toutes ses vues et toutes ses espérances de fortune que sur l'Angleterre, par le chausse-pied de son ancienne connoissance avec Stanhope qu'il traitoit de liaison et d'amitié pour se faire valoir, et qui pour cela avoit aveuglé M. le duc d'Orléans sur l'Angleterre, comme il a été expliqué en plus d'un endroit, saisit la conjoncture pour persuader son maître que deux heures de conversation avec son ancien ami avanceroient plus le traité que toutes les dépêches et que toutes les conférences qui se tenoient à la Haye. Il s'y fit donc envoyer secrètement pour aller parler à Stanhope à son passage. Le peu de conférences qu'il eut avec lui n'aboutit à rien. Il revint tout de suite bien résolu de ne quitter pas prise. Il prétexta qu'il avoit trouvé son ami si pressé de partir, et si détourné en même temps à la Haye, qu'ils n'avoient eu loisir de rien ; mais que Stanhope le souhaitoit à Hanovre , où à tête reposée ils pourroient travailler à l'aise et en repos , et parvenir à quelque chose de bon.

Il n'en fallut pas davantage dans l'empressement où sa cabale avoit mis le régent pour ce traité. Il crut l'abbé Dubois de tout ce qu'il voulut lui dire , et à peine arrivé le fit repartir pour Hanovre. Les ministres impériaux, exempts des vues personnelles de Dubois et de la fascination de son maître , et qui voyoient de près et nettement les choses telles qu'elles étoient , admiroient l'empressement de la France à traiter avec l'Angleterre. Ils disoient que la France se trouvoit dans l'état le

^. Il s'agit probablement de Paul Methuen, qui avait négocié, en -1703, enlre l'Angleterre ei le Portugal le traité qui a donné à l'Angleterre une si grande influence dans le Poriugal et les colonies portugaises.

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