1717] DIVISIONS EN ANGLETERRE
leurs batteries pour déconcerter celles de la cour qui vouloit conserver ses troupes dans la paix la plus profonde , que les torys vouloient faire réformer comme contraires à la liberté de l'Angleterre et fort à charge par la dépense. Ces dispositions achevoient de persuader Georges de l'utilité de son traité avec la France . et de la nécessité de cultiver et de fortifier tant qu'il pourroit cette alliance. Stairs eut ordre de dire que son maître la regardoit comme un prélude à des affaires bien plus importantes et bien plus étendues. Stairs eut ordre aussi d'observer infiniment les démarches du baron de Gœrtz , qui étoit alors à Paris , que le roi d'Angleterre regardoit comme un de ses plus grands ennemis , dont il commençoit à découvrir les intrigues et celles des autres ministres de Suède.
Gyllembourg , envoyé de Suède en Angleterre , qui voyoit de près le mécontentement et les mouvements qui y étoient . persuadé qu'il étoit de l'intérêt de son maître de profiter de ces divisions , suivit avec chaleur les projets qu'il avoit formés pour exciter des troubles en Angleterre . et procurer par là une diversion , la plus favorable que le roi de Suède pût espérer. Il négocioit donc en même temps deux affaires , dont la première, qu'il ne cachoit point, pouvoit contribuer au succès de l'autre, qui devoit être secrète. La première étoit un traité qu'il vouloit faire avec des négociants anglois, pour leur faire porter des blés en Suède et y prendre du fer en échange. Il communiquoit cette affaire à Gœrtz , et tout ce qu'il faisoit aussi pour la seconde . qui étoient les mesures qu'il prenoit avec les jacobites; mais il craignoit. pour le secret d'une affaire si importante , la pénétration de la Hollande , où on savoit jusqu'aux moindres démarches des ministres étrangers. Il étoit averti par ses amis des mesures qu'il falloit prendre et du temps à transporter des troupes suédoises et de l'artillerie sur les côtes d'Ecosse ou d'Angleterre. Ils demandoient dix vaisseaux de guerre pour escorter les bâtiments de transport. Il étoit impossible de tenter d'en acheter en Angleterre sans s'exposer à être découvert ; et pour les bâtiments de transport , le danger n'en étoit pas moindre , si on en tiroit un trop grand nombre d'Angleterre en Hollande. L'expédient pour ces derniers fut d'avertir que le roi de Suède feroit vendre dans un certain temps les prises faites par ses sujets dans la mer Baltiiiue , d'engager sous ce prétexte plusieurs négociants de se rendre à Gottembourg, qui y feroit ces emplettes en temps que leur échange de blé pour du fer. Quelques officiers de marine, qui entroient dans le projet, croyoient, par les raisons de leur métier, que le mois de janvier seroit le plus favorable pour ce transport . et supputoient qu'un bâtiment de trois cents tonneaux pouvoit porter trois cents hommes , et les chevaux à proportion : mais ils représentoient la nécessité d'appeler en Suède quelques officiers anglois qui connussent les côtes, pour conduire l'expédition. On étoit alors au mois de janvier. On a vu que le roi, étant à Hanovre, avoit ordonné à l'escadre angloise qui étoit à Copenhague d'y demeurer. L'amirauté d'Angleterre , piquée que cela eût été fait sans elle , avoit fait des représentations sur ce séjour, comme contraire au bien de la nation, et avoit en même temps fait disposer des lieux pour y faire hiverner vingt-cinq des