‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 79 sur 319 · CLÔTURE DU ROI D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

CLÔTURE DU ROI D'ESPAGNE

de n'avoir aucune inquiétude de tout ce qui s'en pourroit débiter. Le roi de Sicile, toujours mal avec l'empereur, craignoit d'en être exclu. Le moyen sûr d'y être compris, s'il en faisoit un, éloit de l'être dans tous les traités que feroit le roi d'Espagne. Il donna donc ordre à son ambassadeur à Madrid de le faire comprendre dans le traité dont il s'agissoit entre l'Espagne et les États généraux. Cet ambassadeur en parla à Albéroni , et n'en reçut que des réponses courtes et vagues. Il vouloit engager les États généraux à traiter avec l'Espagne ; il prenoit toutes ses mesures pour en avoir l'honneur, et que ce fût à Madrid. Il se louoit et se faisoit louer sans cesse avec tout l'artifice imaginable, de la sagesse et du secret de son gouvernement , du bon ordre qu'il avoit mis dans les affaires de la monarchie, et de la vigueur qu'il y avoit fait succéder à toute sorte de foiblesse ; il ne songeoit qu'à bien rétablir la marine et le commerce. Surtout il déploroit la conduite des précédents ministres , qui avoient offusqué les grands talents de Philippe V pour le gouvernement, dont il louoit la vie uniforme toute l'année , que lui-même avoit établie pour le tenir avec la reine sous sa clef, et que personne n'en pût approcher que par sa volonté, et dont il ne pût prendre aucun ombrage. Cette suite de journées qui a toujours duré depuis, par s'être tournée en habitude , mérite la curiosité , et d'être rapportée d'après Albéroni même.

Le roi et la reine qui , en maladie , en couches , en santé , n'avoient jamais qu'un même lit , s'éveilloient à huit heures , et aussitôt déjeunoient ensemble. Le roi s'habilloit et revenoit après chez la reine qui étoit encore au lit (je marquerai lors de mon ambassade les légers changements que j'y trouvai) , et il passoit un quart d'heure auprès d'elle. Il entroit après dans son cabinet , y tenoit son conseil , et quand il finissoit avant onze heures et demie , il retournoit chez la reine. Alors elle se levoit, et pendant qu'elle s'habilloit le roi donnoit divers ordres. La reine étant prête , elle alloit avec le roi à la messe , au sortir de laquelle ils dînoient tous deux ensemble. Ils passoient une heure de l'après-dînée en conversation particulière, ensuite ils faisoient ensemble l'oraison, après laquelle ils alloient ensemble à lâchasse. Au retour le roi faisoit appeler quelqu'un de ses ministres, et pendant sou travail en présence de la reine , elle travailloit en tapisserie ou elle écrivoit. Cela duroit jusqu'à neuf heures et demie du soir qu'ils soupoient ensemble. A dix heures Albéroni entroit et restoit jusqu'à leur coucher, vers onze heures et demie. Les premiers jours d'une couche, leurs lits séparés étoient dans la même chambre. A ce détail il faut ajouter que peu à peu les charges n'eurent plus aucune fonction, et personne n'approcha plus de Leurs Majestés Catholiques; ce qui a duré toujours depuis. J'en expliquerai le détail, si j'arrive jusqu'au temps de mon ambassade,

Beretti ne recevoit point de réponse de Stanhope , sur la permission qu'il avoit demandée , à son passage à la Haye , pour la levée de trois mille Irlandois. Il eut ordre de demander trois régiments écossois que les États généraux avoient à leur service , et qu'ils vouloient réformer. Il eût été plus naturel d'en charger Monteléon à Londres , mais il avoit S.wyr-SiMos ix tj

Page 1