‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 85 sur 319 · LE RÉGENT LIVRÉ À LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LE RÉGENT LIVRÉ À LA CONSTITUTION

craignoit, au maréchal de Villeroy qui lui imposoit dès sa première jeunesse, et qui dans la plus profonde ignorance se piquoit de la constitution pour faire parade de sa reconnoissance pour le feu roi et pour Mme de Maintenon ; à d'Effiat livré à M. du Maine et au premier président , qui ne cherchoient qu'à lui susciter toute espèce d'embarras pour qu'il eût besoin d'eux, et pour leurs vues particulières; à la bêtise de Besons gouverné par d'Effiat , qui le lâchoit comme un sanglier au besoin , et qui faisoit impression par l'opinion que le régent avoit prise de son attachement pour lui ; à l'abbé Dubois qui dans les ténèbres songeoit déjà au cardinalat et à s'en aplanir le chemin du côté de Rome ; enfin aux manèges du cardinal de Rohan , aux fureurs du cardinal de Bissy , et à la scélératesse de force prélats qui se faisoient une douce chimère d'arriver au chapeau, et une réalité, en attendant, de briller, de se faire compter et craindre , de se mêler, d'obtenir des grâces; enfin à ce cèdre tombé , à ce malheureux évêque de Troyes que le retour au monde avoit gangrené jusque dans les entrailles, sans objet, sans raison, et contre toutes les notions et les lumières qu'il avoit eues et soutenues toute sa vie jusqu'à son entrée dans le conseil de régence. De contre-poids, il n'y en avoit point.

Le duc de Noailles avoit vendu son oncle à sa fortune. Le cardinal de Noailles avoit trop de droiture, de piété, de simplicité, de vérité; les évêques qui pensoient comme lui s'éclaircissoient tous les jours à force d'artifices et de menaces. Ils demeuroient concentrés, ils n'avoient ni accès ni langage , ils se confioient et s'offroient à Dieu , ils ne pouvoient comprendre qu'une affaire de doctrine et de religion en devînt une d'artifices , de manèges , de pièges et de fourberies ; aucun n'étoit dressé à rien de tout cela. Le chancelier, lent, timide., suspect sur la matière, n'avoit pas la première teinture de monde ni de cour, toujours en brassière et en doute , en mesure , en retenue , arrêté par le tintamarre audacieux des uns , et par les doux et profonds artifices des autres , incapable de se soutenir contre les premiers à la longue , et de jamais subodorer les autres , médiocrement aidé du procureur général , qui ne faisoit bien que quand il le pouvoit sans crainte d'y gâter son manteau , tous déconcertés à l'égard du parlement par les adresses du premier président , et suffoqués de ses grands airs de la cour et du grand inonde, par son audace, et par des tours de passe-passe où il étoit un grand maître. Bentivoglio, depuis les premiers jours de la régence, ne cessoit de souffler le feu en France , et de faire les derniers efforts à Rome pour porter le pape aux dernières violences. Il étoit fort pauvre , fort ambitieux, fort ignorant, sans mœurs, comme on a vu qu'il en laissa des marques publiques , dont il ne prenoit même pas grand soin de se cacher , et par ce qu'on vit sans cesse de ce furieux nonce , sans religion que sa fortune. Il croyoit son chapeau et de quoi en soutenir la dignité attaché aux derniers embrasements que la bulle pût susciter en France, et il n'épargnoit rien pour y parvenir, jusque-là que le pape le trouvoit violent au point d'être importuné de ses exhortations continuelles , et que les prélats les plus attachés à Rome , soit par leur opinion, soit par leur fortune, s'en trouvoient pour la plupart excédés,

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