ENTRETIEN AVEC M. LE DUC D'ORLÉANS
fiasse. Je ne suis pas encore assez dépourvu de sens et de raisonnement pour ne pas voir que , quelque mobilité , quelque adresse , quelque finesse et quelque art qu'ait le duc de Noailles , il ne peut éviter de se trouver perdu si son oncle est perdu, et que Rome et les constitutionnaires viennent à bout de le traiter comme ils ont été si près de le faire sous le feu roi , et comme ils travaillent tous les jours à y revenir. Ce que j'avance est manifeste. S'ils vous persuadent par degrés de le leur abandonner , et qu'ils le dépouillent de la pourpre et de son siège , voilà un homme au moins anéanti , si pis ne lui arrive , par être confiné quelque part, ou envoyé à Rome. Dans cet état, de deux choses l'une nécessairement : ou le duc de Noailles suivra la fortune de son oncle , ou il l'abandonnera pour conserver la sienne. S'il suit la fortune de son oncle, le voilà retiré, hors de place, ne voulant plus se mêler de rien sous un prince qui égorge son oncle , ou qui du moins l'abandonne à la boucherie et à la rage de ses ennemis. Voilà où le sang, l'amitié, l'honneur le conduisent, et moi, par conséquent, nageant dans la joie de le voir entraîné et noyé sans retour par le torrent qui emporte son oncle. Si , au contraire , avec des tours et des distinctions d'esprit , il abandonne son oncle pour se cramponner en place , il devient l'homme le plus publiquement et le plus complètement déshonoré ; il devient , de plus, suspect au parti qu'il ménage au prix du sang de son oncle, et à vous-même qui n'oserez jamais vous fier à lui de quoi que ce soit ; il devient l'horreur du monde , et l'exécration du parti de son oncle , qui tout entier ne sauroit périr avec lui ; il devient enfin l'opprobre et le mépris de toute la terre; et moi, par conséquent, jouissant d'un état dont l'infamie ne laisse plus rien à faire ni à désirer à ma vengeance. Mon intérêt le plus vif et le plus cher , si j'étois aussi scélérat que le duc de Noailles , auroit donc été , dès les premiers jours de votre régence, de répondre aux empressements des cardinaux de Rohan et de Bissy , et de leurs consorts , de m'unir étroitement à eux , de les servir auprès de vous de toutes mes forces. La bonté et la confiance dont vous m'honorez m'auroit rendu parmi eux l'homme laïque le plus principal, le conseil et le modérateur du parti, avec une intimité et une considération d'autant plus solides que nous aurions travaillé de toutes noâ forces au même but , et que nous y serions peut-être déjà parvenus. Ne croyez pas que cette réflexion me soit nouvelle, ni que ces messieurslà soient demeurés jusqu'à présent à me la faire suggérer, jusqu'à me faire dire de leur part, et plus d'une fois, qu'ils ne comprenoient pas comment, avec toute ma haine publique pour le duc de Noailles, que je pouyois perdre sûrement et solidement en perdant son oncle , je demeurois l'ami du cardinal de Noailles, et, pour user de l'abus de leurs termes , son plus puissant protecteur. Mais si je suis encore incapable de cette vertu qui ne vous coûte rien, et que sans nul mérite vous portez souvent au plus pernicieux abus , qui est le pardon des ennemis , à Dieu ne plaise que je succombe assez au plaisir de la vengeance . et devienne assez scélérat pour me tourner contre la vérité connue, la droiture et l'innocence manifeste, et le bien de la religion et de l'État, et que je cesse de vous les représenter de toutes mes forces, et tout votre
intérêt personnel qui y est attaché, tant que vous voudrez bien m'écouter sur un si grand chapitre ! » Je conclus ce propos péremptoire par lui dire que c'étoit à lui [à] discerner qui , du duc de Noailles ou de moi , lui parloit avec plus de désintéressement et de vérité sur l'appel.
Revenant tout court au fond de la chose, je lui dis qu'avec le nombre il falloit aussi peser la qualité ; qu'il devoit voir que d'un côté étoient tous les ambitieux , les mercenaires et les ignorants , séduits par quelques savants et quelques simples de bonne foi ; que de l'autre , étoient les prélats les plus doctes , les plus vertueux , les plus désintéressés , les plus pieux et des meilleures mœurs , enfin de vrais pasteurs , résidant , travaillant, adorés dans leur diocèse, et en exemple non contredit à toute l'Église de France , toutes les écoles et les universités , les collèges, les curés et les chapitres de Paris et de presque toute la France, en un mot , la presque totalité du second ordre , non des abbés aboyants , mais de ce second ordre, pieux, éclairé, qui ne prétendoit à rien et qui ne vendoit point sa foi et sa doctrine; enfin les parlements, qui en ce genre formoient un groupe respectable, et que Rome redouteroit toujours; que le gros de la cour, du monde, du public par tout le royaume étoit encore du même côté soit lumière ou prévention et grand nombre aussi par indignation des violences , et des mœurs , de l'ambition , de la conduite du plus grand nombre des évoques du parti opposé , et d'abominables intrigues dont le temps avoit fait la découverte; qu'avec les lois de l'Église et de l'État pour lui , avec les évêques , les docteurs , le clergé séculier et régulier le plus estimé et le pins distingué , les corps entiers séculiers et réguliers les plus vénérables , et les compagnies supérieures qui se feroient toutes honneur de suivre les parlements , qui sont en ce genre les gardiens et les protecteurs des lois , il se trouveroit à la tête d'un bien autre parti que ne seroit celui de la constitution , d'un parti sur qui la religion , la vérité , les canons de l'Église, ses règles immuables, les lois de l'État, les libertés de l'Église gallicane , qui ne sont que la conservation de l'ancienne discipline de l'Église envahie ailleurs par l'usurpation des papes et la despotique tyrannie de Rome, sur qui enfin la conscience pouvoit tout, l'ambition , l'intérêt rien , comme tant et de si vives persécutions si grandement souffertes le démontroient avec la dernière évidence , parti , puisqu'il faut [se] servir de ce terme quoiqu'il ne convienne qu'à celui qui lui est opposé, parti qui lui seroit solidement et inviolablement attaché par les liens de sa conscience , de la religion , de la vérité , de la reconnoissance , et que nul intérêt temporel n'en pourroit débaucher , qui grossiroit sans cesse de tous les ignorants de l'autre , à qui alors il seroit libre de parler, et de les éclairer, à eux d'écouter et d'être instruits , et d'une foule de mercenaires dont il avoit vu les variations à mesure de celles du crédit de leur parti , et qui étoient incapables d'en suivre aucun que pour des vues humaines. Alors que deviendroit le parti opposé, chargé du mépris de ses artifices, de la haine de ses violences , dépouillé du pouvoir d'en commettre , et de l'affranchissement du pouvoir des lois et des tribunaux , et de la censure des doctes , de cette foule de personnages de la plus grande réputation chacun dans
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leur état? Comment soutenir une cause qui arme la raison et toutes les lois contre elle , qui s'est noircie de tout ce que l'artifice et la persécution ont de plus odieux , et opposer la honte de l'épiscopat et du sacerdoce en tout genre pour la plupart à l'élite qui forme tout l'autre parti, décorée de ses souffrances et purifiée par le feu de la persécution? Que pourroient opposer à tant de savoir et de vertu les grâces alors flétries par faute de pouvoir, et les mines de protection du premier de ses chefs , et les repoussantes clameurs de l'autre ; les ruses si reconnues de leurs principaux ouvriers du premier et du second ordre , dont les mœurs de la plupart , la conduite et l'ambition de tous , les ont rendus l'abomination du monde jusque dans l'usage le plus effréné de leur crédit et de leur pouvoir : et Rome qui recule devant un roi de Portugal, et pour une grâce qui ne dépend que d'elle, qui ne tient ni à vérité ni à religion, grâce injuste, même scandaleuse, sera-t-elle plus audacieuse contre un groupe si vénérable du premier et du second ordre , soutenu de la multitude rendue à la liberté , et des parlements engagés par leur appel dans la même cause, Rome, dis-je , dépouillée de l'autorité royale , qui faisoit tout trembler sous elle , mais qui avec ce terrible avantage n'a pourtant jamais osé que menacer.
J'ajoutai à cette peinture que son personnage, à lui régent, étoit bien honnête et bien facile. Il n'avoit qu'à laisser faire et jouir de ce qui se feroit et des appels en foule qu'il verroit éclater. Dire au pape et aux chefs de la constitution qu'ils ne dévoient pas attendre du pouvoir précaire d'un régent plus qu'ils n'avoient pu obtenir de la redoutable et absolue autorité du feu roi, qui l'avoit si longtemps déployée en leur faveur tout entière-, qu'il y a de plus, bien loin de ce dont il .s'agissoit alors à ce qui s'entreprenoit aujourd'hui. Alors il ne s'agissoit que de la condamnation d'un livre, et de se taire sur la constitution. Aujourd'hui que, les desseins croissant avec le pouvoir, il ne s'agit de rien moins que d'embraser la France par toutes les intrigues imaginables, jusqu'à y vouloir faire entrer les premières puissances étrangères, et faire recevoir, signer, croire et jurer comme articles définis de foi , au moins en attendant comme règle de foi qui en est le parfait synonyme, tout ce qui est dans la constitution; ce comble de pouvoir qui n'est permis et donné qu'à l'Ëglise assemblée , appliqué à une bulle qui bien ou mal à propos a soulevé toute la France dès qu'elle a paru , que les uns trouvent inintelligible , les autres non recevable dans ce qui s'en entend , bulle dont le pape , contre la coutume de ses plus saints et plus illustres prédécesseurs , n'a jamais voulu ni expliquer, ni souffrir que les évêques l'expliquassent, depuis tant d'années qu'il en est supplié et conjuré avec tout le respect et l'humilité possible, il n'est pas étonnant que, poussées enfin à bout, les consciences se révoltent , forcent la main au régent , et aient enfin recours au dernier remède de tout temps établi dans l'Église , et dont les plus saints et les plus grands papes ne se sont jamais offensés. Ajouter que vous êtes affligé d'un si grand éclat, et impuissant pour l'arrêter, mais qu'étant régent du royaume, et n'ayant jusqu'à ce jour omis travail, peine, ni
soin pour procurer la satisfaction du pape , et votre vénération personnelle, jusqu'à y employer l'autorité dont vous êtes dépositaire plus encore que le feu roi n'avoit fait et, malheureusement vous ne mentirez pas, vous n'êtes pas résolu aussi à ne pas protéger les lois de tout temps en usage, auxquelles le feu roi lui-même a eu recours en d'autres occasions , ni à laisser mettre le feu et le trouble dans le royaume. Faire en même temps avertir le nonce d'être sage , et de ne vous pas forcer par sa conduite à des démarches qui lui seroient désagréables , et dont les suites pourroient arrêter sa fortune; et prendre des précautions mesurées mais justes pour rendre des communications difficiles avec les chefs et les enfants perdus du parti. Écrire aussi en même sens au cardinal de La Trémoille , d'une façon à faire peur au pape s'il pensoit aller plus lom , tant sur la chose en général que sur le cardinal de Noaillles et aucun autre en particulier ; et lui envoyer une lettre pour le pape remplie des plus beaux termes d'attachement, de douleur, de vénération , mais imprimée vaguement d'une teinture de fermeté qui soutînt la lettre au cardinal de La Trémoille ; surtout n'oublier pas de faire parler françois aux principaux jésuites d'ici à leur général à Rome, et aux supérieurs de Saint-Sulpice et de Saint-Lazare; puis demeurer ferme à quelque proposition que ce pût être, et les plus spécieuses. Ouvrir les prisons , et rappeler et rétablir les exilés , et la liberté , mais parler ferme aux principaux , et donner au cardinal de Noailles et aux parlements des ordres sévères et y être inexorable , pour que la liberté , bien loin de se tourner en licence et en triomphe , se contienne dans les plus étroites bornes de sagesse , de prudence , de modestie , de charité , de respect pour l'épiscopat et pour les évêques , de mesure à l'égard de la personne du nonce , de vénération pour celle du pape , de soumission pour le saint-siége , et de toutes les précautions ! nécessaires pour éviter toute occasion de donner prise à l'autre parti , ; et tout prétexte de crier au schisme ou le faire craindre avec la plus I légère apparence.
I Après ce discours, que M. le duc d'Orléans écouta fort attentivement et qu'il me parût goûter, je vins au point sensible. Je lui remis devant les yeux le défaut des renonciations , où on n'avoit voulu souffrir ni formes ni apparence de liberté; et je lui répétai, ce que je lui avois dit souvent, qu'il ne pouvoit tirer aucun fruit de ces actes, si le malheur du cas en arrivoit, que de l'estime et de l'affection de la nation par la sagesse, la douceur, l'estime de son gouvernement; que ce que je lui i proposois en étoit une des voies la plus assurée en protégeant les lois , i la raisonnable et juste liberté , en se rendant le conservateur de ce qui dans l'ecclésiastique et le civil étoit en la plus grande et solide réputation par la doctrine et la vertu , et s'amalgamant les parlements et les autres tribunaux; tandis qu'en prenant l'autre parti c'éloit un chemin de continuelles violences aux consciences, aux lois ecclésiastiques et civiles, une suspension continuelle de l'exercice et des fonctions de la justice , des exils et des prisons sans fin , pour plaire à une cour impuissante, ingrate, qui ne vouloit que soumettre la France comme l'Espagne, le Portugal, l'Italie, avec les inconvénients temporels et si
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serviles qu'en éprouvent ces souverains rendus si dépendants de Rome en autorité et en finance par les excès de l'immunité ecclésiastique , et pour des mercenaires qui , de concert avec Rome , demanderoient toujours pour régner , et ne sauroient gré d'aucun succès général ou particulier qu'à leur artifice et à leur audace.
Je lui dis qu'il ne devoit pas se faire illusion à lui-même , mais qu'il devoit bien comprendre et bien se persuader que les hommes ne se conduisent jamais que par leur intérêt, excepté quelques rares exemples de gens consommés en vertu ; qu'il ne falloit donc pas qu'il s'imaginât que , quoi qu'il pût faire pour Rome , pour les jésuites et pour le parti de la constitution , il pût jamais les gagner contre le roi d'Espagne ; que , pour peu qu'il fît de comparaison entre ce prince et lui, il sentiroit bientôt lequel des deux emporteroit tous leurs vœux et leurs choix , par conséquent tous leurs efforts; que leur but étoit de régner , de dominer, de subjuguer la France comme sont l'Espagne, le Portugal et l'Italie, à quoi ils n'avoient jamais eu plus beau jeu que par le moyen de l'état où ils avoient su porter l'affaire présente ; qu'il n'y avoit point aussi de prince plus expressément formé à leur gré pour ce dessein , qu'un esprit accoutumé à se reposer de tout sur autrui, dans l'habitude de tant d'années de règne sous le joug entier qu'ils vouloient imposer ici, d'une conscience sans lumière, toujours tremblante au nom de Rome et de l'inquisition , livré entièrement à toutes les prétentions ultramontaines tournées en lois dans ses vastes États , abandonné depuis toute sa vie aux jésuites, et à deux reprises, dont la dernière étoit lors dans sa vigueur, au fabricateur de la constitution, enfermé de plus par habitude et par goût , et inaccessible à tout excepté à une épouse italienne pétrie des mêmes maximes romaines, à son confesseur et à son ministre , et incapable par ses mœurs de laisser aucun lieu de craindre rien qui puisse déranger des préventions si favorables aux projets de Rome et des constitutionnaires et des maximes ultramontaines qu'il tient être des parties intégrantes de la religion. Avec un prince fait de la sorte , il n'y a qu'à vouloir et faire ; et l'État absolu et sans forme auquel il est accoutumé de régner en Espagne joignant en lui , revenu en France , la jalousie de l'autorité à ce qu'il croiroit de si étroite obligation de sa conscience, jusqu'à quels excès ne pourroit-il pas être mené sans autre peine que de vouloir et de dire ! « Croyez-vous , monsieur, continuai-je , être en même parallèle avec tout votre esprit, votre savoir, votre discernement, vos lumières, le dérèglement affiché de votre vie , votre accès libre à tout le monde , vos connoissances étendues et si extraordinaires à votre naissance, enfin avec ce mépris de la religion, et ce libertinage d'esprit dont vous affectez de tout temps une profession publique ? Pour peu que vous y pensiez un moment , vous serez intimement convaincu que vous ne pouvez jamais devenir l'homme de Rome et des jésuites , et qu'il ne manque au roi d'Espagne aucune des qualités qui le rendent un roi fait et formé tout exprès pour eux. Otez-vous donc bien exactement de la tête que , quoi que vous puissiez faire, vous ayez jamais Rome, jésuites, constitutionnaires, dans votre parti. Si le malheureux cas arrive, persuadez-vous au contraire bien
fortement que vous les aurez pour vos plus grands ennemis, et qui n'auront rien de sacré contre vous. Si avec cela vous allez prendre le parti qui leur est opposé, qui est celui des lois et de l'estime publique-, si vous négligez de vous rapprocher les parlements en cessant de les irriter par des violences à cet égard , des défenses de recevoir des plaintes et d'y prononcer des évocations sans fin dès qu'il y a le moindre trait véritable ou supposé à l'affaire de la constitution , des cassations d'arrêts au gré des constitutionnaires , qui est la chose qui blesse le plus les parlements, la totalité de la magistrature, tout le public même le plus neutre et le plus indifférent , et ce qui le révolte encore plus sans mesure ; si vous continuez et redoublez même , comme l'extrémité où les choses se portent vous y forceront , les exils , les prisons , les saisies de temporel , les inouïs expatriments , les privations d'emplois et de bénéfices ; qui aurez-vous pour vous , si le malheureux cas arrive , de l'un ou de l'autre parti , ou , s'il en reste encore , dans les termes où en viennent les choses , des neutres et des indifférents ? » Je m'arrêtai là et n'en voulus pas dire davantage , pour juger de l'impression que j'avois faite. Elle passa mon espérance sans toutefois me rassurer ; je vis un homme pénétré de l'évidence de mes raisons (il ne fit pas difficulté de me l'avouer) ; en même temps en brassière et dans l'embarras d'échapper à ceux que j'ai nommés, et qui, dans ces moments critiques de laisser aller le cours aux appels ou de les arrêter , se relayoient pour ne le pas perdre de vue. Il raisonna sur l'état présent de l'affaire et les inconvénients des deux côtés -, il convint de toute la force de ce que je lui avois représenté. Je ne disois alors que quelques mots de traverse pour le laisser parler, et le bien écouter; et je ne vis qu'un homme , convaincu à la vérité , et de son aveu , sans réponse à pas une des raisons que je lui avois représentées , mais un homme dans les douleurs de l'enfantement. Nous en étions là, quand la toile tomba. Nous fûmes tous deux surpris et fâchés de la fin du spectacle. Malgré le brouhaha qu'il produisit par l'empressement de chacun pour sortir , nous demeurâmes encore quelques moments sans pouvoir cesser cette conversation. Je la finis en lui disant que le nonce ne le connoissoit que trop bien quand il disoit que le dernier qui lui parloit avoit raison ; que je l'avertissois qu'il étoit veillé par des gens qu'il se croyoit affidés et qui ne l'étoient qu'à eux-mêmes, à leurs vues, à leurs intrigues, à leurs intérêts , et veillé comme un oiseau de proie ; qu'il seroit la leur s'il ne prenoit bien garde à lui , parce que la vérité n'avoit pas auprès de lui des surveillants si à portée ni si empressés ; qu'il prît donc garde au trop vrai dire du nonce, et qu'il ne se laissât pas misérablement entraîner. Là-dessus il sortit de sa petite loge , et moi avec lui. Tout le dehors étoit rempli de tout ce qui successivement s'y étoit amassé pour entrer dans sa loge ou l'en voir sortir , dont la plupart le regardèrent attentivement , et moi encore plus. Il étoit si concentré de tout ce que nous venions de dire qu'il passa assez sombrement. Il alla dans son appartement avec tout ce monde, dans le fond duquel j'aperçus Effîat et Besons. Effiat avoit été apparemment averti du tête à tête de l'Opéra , et s'étoit fortifié de Besons pour saisir le court moment de la fin de ]a