‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 94 sur 319 · PART FURTIVEMENT POUR .LA HONGRIE · texte numérisé non relu

PART FURTIVEMENT POUR .LA HONGRIE

ratrice. M. le Duc en fut extrêmement piqué et s'en prit vainement à Bonneval, qu'il crut l'avoir empêché. On ne comprit point quelle en fut la difficulté, puisque le prince de Bombes, arrivé auparavant, les avoit vus. Quelque différence réelle qu'il y eût entre eux deux , il n'y en avoit alors aucune pour le rang et pour tout l'extérieur. Le prince de Bombes avoit bien sûrement sa leçon très-distincte, et M. du Maine étoit trop attentif à la qualité de prince du sang, dont il jouissoit alors en plein et qu'il avoit conquise pour soi et pour ses enfants, pour en avoir commis la moindre chose sur un si grand théâtre. Apparemment que M. le comte de Charolois en voulut plus qu'on n'avoit donné à M. de Bombes: cependant Tincognito couvroit tout. Il est vrai que MM. les princes de Conti n'avoient point vu l'empereur Léopold à leur voyage de Hongrie, ni en allant ni revenant, qui ne voulut pas leur donner le fauteuil comme aux électeurs ; mais il est vrai aussi qu'ils passèrent à Vienne à visage découvert.

On a vu. en son temps, tout ce que l'abbé de La Rochefoucauld eut à essuyer de sa famille, à la fin du règne du feu roi, et depuis, qui le vouloit forcer . lorsqu'il fut devenu l'aîné . à céder tous ses droits daînesse à son frère . ou à quitter tous ses riches bénéfices , sans lui en donner de dédommagement. Enfin , ils le résolurent à s'en aller en Hongrie avec une dispense du pape de porter l'épée trois ans en gardant ses bénéfices. Le prince Eugène, le chevalier de Lorraine, le marquis de Forbin. lieutenant général et capitaine des mousquetaires gris, et bien d'autres, ont toujours servi avec des abbayes sans dispenses, et ont porté l'épée et gardé leurs bénéfices jusqu'à la mort, sans être chevaliers de Malte ni de Saint-Lazare; mais le scrupule convenoit aux desseins de M. et Mme de La Rochefoucauld. 11 n'a pas paru que Bien y ait répandu sa bénédiction ; mais en attendant , ils furent tous bien soulagés. L'abbé de La Rochefoucauld partit mal volontiers peu de jours après M. de Charolois; il arriva à Bude , où , avant d'avoir joint l'armée impériale, il fut pris de la petite vérole, et en mourut.

On a vu à la mort du roi le succès de la noire et profonde scélératesse du duc de Noailles à mon égard , par une calomnie et une perfidie qui a, je crois, peu d'exemples, et combien elle seconda le projet du duc et de Mme la duchesse du Maine , résolue à bien tenir les épouvantables paroles qu'elle avoit dites à Sceaux aux ducs de La Force et d'Aumont. On les a vues, t. VII, p. 262. et à propos de quoi elles furent dites; mais il est nécessaire ici de les répéter. Les voici : ce Qu'elle vouloit bien leur dire, pour qu'ils ne prétendissent pas en douter, que quand on avoit une fois acquis l'habilité de succéder à la couronne , il falloit plutôt que se la laisser arracher , mettre le feu au milieu et aux quatre coins du royaume. » Ces furieuses paroles furent les dernières de cette belle conférence qui fut unique. Ce fut dans la vue d'une si monstrueuse exécution . si besoin en étoit . qu'ils continuèrent plus que jamais d'échauffer tout ce qu'ils purent contre les ducs; premièrement pour effrayer et se maintenir dans leurs usurpations contre eux , en empêchant par ce bruit, tout jugement dans la suite; secondement pour, sous prétexte de l'objet des ducs, s'attacher et se former un parti, dont ils

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