‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 95 sur 319 · CONDUITE DE M. ET DE MADAME DU MAINE · texte numérisé non relu

CONDUITE DE M. ET DE MADAME DU MAINE

pussent faire à leur gré toutes sortes d'autres usages , à quoi ils ne cessèrent de travailler tant que le roi vécut, surtout sur la fin.

Une image d'ordre et de distinction s'étoit soutenue jusqu'à la mort du roi, au milieu de toutes les entreprises et de toute décadence. Après lui , le peu de dignité de M. le duc d'Orléans jusque pour luimême , sa légèreté , sa facilité , sa politique si favorite , divide et impera, confondirent tout à son avènement à la régence. Plus de cour, un roi enfant, ni reine ni dauphine , et deux uniques veuves de fils de France: Madame , toujours enfermée , sa toilette et son dîner fort déserts ; Mme la duchesse de Berry renfermée ou en parties, voulant et ne voulant point de cour , et se trouvant fort abandonnée , imagina d'en réchaufl'er une . en permettant aux dames d'y venir en robes de chambre; établit des tables de jeu, et en retint plusieurs à souper tous les soirs. Cela éclipsa les tabourets, parce que, y ayant cette heure commode de la voir, on ne tint plus compte d'aller à sa toilette, ni guère plus d'aller aux audiences qu'elle donnoit aux ambassadeurs , ni à celles de Madame , laquelle on avoit négligée assez de tout temps. Dès les dernières années du roi , les princes et les princesses du sang , dont le temps n'avoit pu diminuer le dépit du rang de M. [le duc] et de Mme la duchesse d'Orléans , qu'en dernier lieu la prétention pour ses filles avoit encore aigri . s'étoient établis sur de petites chaises à dos de paille , plus mobiles . disoient-elles, et plus légères et commodes pour travailler et pour jouer. Par ce moyen, plus de distinction de sièges, et ils ne prenoient et ne donnoient des fauteuils à qui ils en dévoient , que lorsqu'ils ne pouvoient s'en dispenser en des visites de cérémonie, comme de mort, de mariage, etc. Les gens de qualité , accoutumés ainsi à ne trouver plus de différence d'avec les gens titrés, commencèrent bientôt à ne plus donner puis offrir leurs places , en quoi les gens titrés leur avoient montré un fort sot exemple depuis plus longtemps , qu'ils avoient cessé entre eux le même usage presque tous. Je i'avois trouvé établi en entrant dans le monde ; il ne cessa peu à peu que lengtemps depuis. Moi et quelques autres ducs et duchesses l'avions toujours conservé; la maison de Lorraine l'avoit continué par aînesse , et ses singes de Rohan et de Bouillon n'y manquoient pas non plus chacune entre elles. Mais toutes trois eurent à cet égard la même nouvelle conduite à essuyer que les ducs et les duchesses.

Rien ne pouvoit être plus agréable à M. et à Mme du Maine. La divi- 5;ion étoit leur salut. Ils l'a voient procurée et mise au comble entre les ducs et le parlement, ils n'oublièrent rien pour la porter aussi loin qu'elle put aller entre les ducs et tous ceux qui ne l'étoient pas, en même temps pour profiter de l'une et de l'autre à lier, unir et amalgamer ensemble le parlement, et tout ce qu'ils pouvoient animer de gens contre les ducs. Ils y parvinrent bientôt , et dès que leurs mesures làdessus eurent réussi , ils commencèrent à former et à organiser leur parti sans y paroître à découvert.

Ce mélange de gens de qualité, de moindre , et des plus petits compagnons, ne blessa point ceux de la plus grande naissance, et pour faire nombre tout leur fut bon. Quelques gens d'esprit de la première qualité

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passèrent là-dessus pour parvenir à grossir assez, pour, après le prétexte des ducs, venir à des choses plus importantes, à ventiler le gouvernement et parvenir à ce que se proposent ceux qui s'élèvent contre le roi ou le régent ou le premier ministre , comme on a vu dans tous les troubles domestiques et les guerres civiles de tous les âges de la monarchie. Le grand nombre de ces gens de toutes qualités étoient menés par le nez, comme il arrive toujours, par le chef ou les chefs, et le petit nombre de leurs confidents, qui détachent des émissaires, et qui tournent les esprits , sous divers prétextes , à faire tout ce qui leur convient , et ce qui ne convient qu'à eux : et qui se rient et se moquent de ce grand nombre d'instruments dont ils font la même sorte de cas qu'un artisan et un ouvrier font de leurs outils, dont tout le travail n'est utile qu'à eux, et est inutile aux outils mêmes, qui, après avoir bien servi leurs maîtres, deviennent usés, ébréchés, cassés, et ne sont plus de nul usage , ni ramassés par personne. Tel fut ce groupe qui , depuis les Châtillon, les Rieux , etc., jusqu'aux Bonnetot et autres fils de secrétaires du roi ou de fermiers , osèrent se produire comme un corps sous l'auguste nom du second des trois États du royaume, de leur unique autorité. Ce fut donc ce monstre sans titre légitime, ni même l'ombre illégitime, sans convocation, sans élection, sans pouvoir, ni instruction ni commission , [qui] se donna sous le nom de la noblesse , dont les trois quarts auroient eu grande peine à prouver la leur. Je n'en nomme aucun , parce que je ne prétends pas entrer en des généalogies , qui n'ont d'autre fruit que de désoler ceux qui ne peuvent montrer de vérité , et si j'ai nommé ce Bonnetot. c'est par le contraste d'avoir pour sa richesse épousé une fille de M. de Châtillon , et [avoir été] admis par lui, et en sa considération , par tous les autres , à être indistinctement regardé comme M. de Châtillon même , et à son exemple , tous les gens de peu ou de rien qui s'empressèrent d'y entrer, pour se faire un titre dans les suites d'avoir été de ces assemblées de la noblesse qui commencèrent à se tenir tantôt chez l'un , tantôt chez l'autre.

Mais dans ces assemblées où sans savoir pourquoi on rugissoit contre les ducs d'impulsion du duc et de la duchesse du Maine, l'embarras fut longtemps d'un objet particulier. Us éclatoient en plaintes qu'ils faisoient retentir partout avec une sorte de tumulte, tantôt que les ducs prétendoient faire un corps à part de la noblesse , tantôt que la noblesse ne vouloit plus que les ducs fissent corps avec elle. On débitoit des choses qui ne se pouvoient appeler que de véritables pauvretés , sans nombre, sans vérité, sans la moindre apparence, sans aucune sorte d'existence , de tentatives des ducs , les unes ridicules , les autres parfaitement inutiles ou indifl'érentes. quand même elles auroient existé, telles qu'on auroit honte de les rapporter et de les réfuter. Elles tomboient aussi d'elles-mêmes à mesure qu'elles étoient alléguées , mais pour faire place à d'autres aussi faussement et aussi misérablement inventées, et qui ne vivoient pas plus longtemps. La fécondité en substituoit d'autres pour entretenir l'effervescence et le bruit, qui ne duroient pas plus longtemps , mais auxquelles on en faisoit succéder d'autres , qui n'avoient pas plus de fondement ni un meilleur sort. Quand des ducs ou gens de

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