TENTATIVE ÉCHOUÉE
de ménagements qu'il n'auroit fait avec un étranger. Nous perdîmes à celui-là beaucoup, et par sa considération, et par son esprit et sa capacité, et par un grand nombre de mémoires sur toutes ces matières de pairies, faits ou recueillis par le duc de Luynes, son père, qui y étoit fort savant, et qu'il ne voulut jamais nous communiquer.
Ce procès donna occasion à une autre tentative. Le célèbre duc d'Épernon avoit été fait duc et pair, 27 novembre 1581 , un mois avant la première érection de Piney, dont M. de Luxembourg prétendoit l'ancienneté sur nous. Son fils aîné , mort à Casai, 11 février 1639, à quarante-huit ans, n'eut point d'enfants; le cardinal de La Valette, son frère, mourut à Rivoli, près de Turin, 28 septembre, même année 1639, à quarante-sept ans, général de l'armée françoise, tous deux avant leur fameux père, mort, retiré à Loches, 1641 , à quatre-vingt-huit ans; le duc d'Épernon, son second fils, qui lui succéda, mourut à Paris, 25 juillet 1661 , à soixante et onze ans. Il avoit perdu le duc de Candale, son fils unique, sans alliance, à Lyon, 28 janvier 1658, à trente ans, et ne laissa qu'une seule fille qui voulut absolument quitter un si puissant établissement et se faire carmélite à Paris, au couvent du faubourg Saint-Jacques, où elle est morte, 22 août 1701 , à soixante-dix-sept ans et cinquante-trois de profession ; que la reine faisoit toujours asseoir et par ordre du roi quand elle alloit aux Carmélites, comme duchesse d'Épernon, malgré toute l'humilité de cette sainte et spirituelle religieuse. Ainsi, le duché-pairie d'Épernon étoit éteint depuis 1661. Le premier et fameux duc d'Épernon avoit un frère aîné tué, sans enfants, devant Roquebrune de Provence, qu'il assiégeoit, 11 février 1592, général de l'armée du roi, à quarante ans, homme de la meilleure réputation et de la plus grande espérance. Ils avoient trois sœurs , dont les deux cadettes moururent mariées, l'une au frère du duc de Joyeuse qui de douleur de sa mort se fit capucin, et c'est ce célèbre capucin de Joyeuse dont la fille unique épousa le duc de Montpensier, qui ne laissa qu'une fille unique, que le feu roi fit épouser à Gaston, son frère, qui n'en eut qu'une fille unique, Mlle de Montpensier, morte fille en 1693 dont j'ai ci-devant parlé. L'héritière de Joyeuse, fille du capucin et de la sœur du premier duc d'Épernon, et veuve du dernier Montpensier, se remaria au duc de Guise, fils de celui qui fut tué aux derniers états de Blois, dont plusieurs fils morts sans alliance : le duc de Guise, dit de Naples, de l'expédition qu'il y tenta, mort sans enfants; le duc de Joyeuse, père du dernier duc de Guise, qui eut l'honneur d'épouser Mlle d'Alençon, dernière fille de Gaston, en 1667, et qui mourut à Paris, en 1671 , à vingt et un ans, ne laissant qu'un fils unique , mort en 1675 , avant cinq ans ; Mlle de Guise qui avoit fait ce grand mariage de son neveu et qui a vécu fille avec tant de splendeur et est morte à Paris, la dernière de la branche de Guise, 3 mars l(i88, à soixante-dix-sept ans, et l'abbesse de Montmartre. De cette sœur de M. d'Épernon aucun descendant n'en a réclamé la pairie. L'autre sœur cadette épousa le comte de Brienne , depuis duc à brevet , fils du frère aîné du premier duc de Luxembourg-Piney , et elle mourut sans enfants , et son mari le dernier de sa branche. Ainsi, nulle prétentiou.
[1694] DE LA CHIMÈRE d'ÉPERNON. 105
Leur sœur aînée avoit épousé, 21 avril 1682, Jacques Goth, marquis de Rouillac , grand sénéchal de Guyenne ; leur fils , Louis Goth , marquis de Rouillac, hérita de la terre d'Épernon. Il mourut en 1662, et laissa un fils né en 1631 , qui porta le nom de marquis de Rouillac, mais qui fut plus connu sous le nom de faux duc d'Épernon, parce qu'il en prit le titre après la mort de son père , qu'il se faisoit donner par ses amis et par ses valets. C'étoit un homme violent, extraordinaire , grand plaideur, et qui eut des aventures de procès fort désagréables. Il se piqua d'une grande connoissance de l'histoire , et fit imprimer un ouvrage de la véritable origine de la dernière race de nos rois qui trouva des critiques et des savants qui le réfutèrent. Il n'eut jamais aucun honneur, ni ne put obtenir permission de porter ses prétentions en jugement. Il ne laissa qu'une seule fille et point de fils, et fut le dernier de sa branche. Cette fille se trouva avoir infiniment d'esprit, de savoir et de vertu; elle se fit beaucoup d'amis et d'amies, et entre autres Mademoiselle, fille de Gaston, qui obtint du roi de fermer les yeux à ce qu'elle se fît appeler Madame, comme duchesse d'Epernon, sans pourtant en avoir, ni rang, ni honneur, ni permission de faire juger sa prétention.
Ce procès de M. de Luxembourg la réveilla. Le cardinal d'Estrées étoit fort bien auprès du roi , et toute sa maison étoit en splendeur. Elle s'adressa à lui et au maréchal d'Estrées , son frère , pour obtenir la permission du roi de faire juger sa prétention en épousant le comte d'Estrées, vice-amiral, en survivance du maréchal son père. Le roi y entra, et aussitôt MM. d'Estrées se mirent en grand mouvement; ils sentirent bien que la sœur d'un homme fait duc et pair , et non appelée par ses lettres d'érection au défaut de sa postérité , n'a nul droit d'y rien prétendre, mais ils espérèrent de nous épouvanter par leur bruit et leur crédit, et en même temps de nous séparer et de nous séduire. Ils briguèrent donc ceux qu'ils purent, et nous firent proposer de se départir de l'ancienneté et de prendre la queue, mais secrètement à chacun sa part, pour, à cette condition, obtenir un acquiescement de ceux qui s'en trouveroient éblouis. Malheureusement pour MM. d'Estrées le procès de M. de Luxembourg avoit uni ceux qu'il attaquoit, et les rassembloit en ce temps-là chez Riparfoods, leur avocat, toutes les semaines , une fois de règle , et très-souvent davantage. Là , chacun rapporta ce qui lui avoit été proposé par MM. d'Estrées sous le spécieux prétexte d'accélérer leur mariage, et d'éviter les piques et les brouilleries qui naissent si aisément de ces sortes d'affaires , mais sans toutefois* aucune inquiétude du succès. On y trouva : l" un défaut de droit radical tel que je le viens d'expliquer; 2° la proposition de céder l'ancienneté illusoire comme ne dépendant point d'un duc d'Épernon par héritage , puisqu'il ne le pouvoit être qu'au titre, et par conséquent de la date de bon érection, et que de plus, quand il la pourroit céder, ses enfants seroient toujours en état de la reprendre. Il fut donc résolu de se moquer de ces manèges, et de répondre sur le même ton que les services et le crédit de MM. d'Estrées dévoient plutôt leur procurer une érection nouvelle en faveur de M. le comte d'Estrées , qu'un procès dont nous soutiendrons unanimement le poids sans aucune crainte de l'issue.