PRÉTENTION DE LA PREMIÈRE
MM. d'Estrées, voyant ainsi la ruse et la menace inutiles, sentirent bien qu'ils ne réussiroient pas : le mariage fut rompu , et il ne fut plus question de cette prétention.
Toutes ces affaires difTérentes ne furent rien en comparaison d'une autre qu'elles firent naître , et dont l'entreprise donna lieu à la plus grande plaie que la pairie pût recevoir, et qui en devint la lèpre et le chancre. L';ibbé de Chaulieu , qui gouvernoit les affaires de M. de Vendôme, imagina de lui faire prétendre l'ancienneté de la première érection de Vendôme en faveur du père du roi de Navarre , père d'Henri IV , et d'attaquer les ducs d'Uzès, d'Elboeuf , Ventadour, Montbazon ou Guéméné, et La Trémoille ses anciens. Feu M. d'Elbœuf, père de celui-ci, s'étoit toujours montré fort uni aux pairs, et fort jaloux des droits et du rang de la pairie en ce qui ne touchoit point les princes étrangers. M. de Chaulnes avoit attaqué M. d'Elbœuf par de fines railleries sur son indolence contre M. de Luxembourg, et il étoit venu à bout de l'exciter à imiter son père jusqu'à lui faire des remercîments de lui avoir ouvert les yeux, et il en étoit là, lorsque M. de Vendôme, persuadé par l'abbé de Chaulieu , obtint la permission du roi d'attaquer ses anciens, et leur donna la première assignation. Comme cela ne fut point poussé, je n'entrerai pas dans le prétendu droit de l'un ni dans celui des autres. L'affaire se commença à l'ordinaire fort civilement de part et d'autre, mais à peine y eut-il quelques procédures commencées que l'humeur s'y mit.
Dans ces circonstances , il arriva ce qu'il n'arrivoit presque jamais , et que depuis ne vit-on peut-être plus, que des gens sans charge suivissent le roi s'allant promener de Versailles à Marly. Le roi alloit toujours seul dans une calèche. Ce jour-là le second carrosse fut du capitaine des gardes et de M. de La Rochefoucauld, et avec eux, de M. le Grand, qui ne suivoit guère , et par extraordinaire des ducs d'Elbœuf et de Vendôme. Ces deux derniers parlèrent bientôt de leur procès avec civilités réciproques; mais sur les significations réciproques, ils s'aigrirent, se picotèrent, et enfin se querellèrent. M. d'Elbœu» dit à M. de Vendôme qu'il n'étoit de naissance ni de dignité à ne rien céder et qu'il le précéderoit partout comme avoient fait ses pères. M. de Vendôme lui répondit avec feu qu'il ne pouvoit pas avoir encore oublié que son père n'avoit pas pris l'ordre parce qu'il l'y auroit précédé. L'autre à lui répliquer avec encore plus de chaleur qu'une fois n'étoit pas coutume , et que lui-même se pouvoit souvenir de l'aventure de son grandpère aux obsèques d'Henri IV qui, aux termes de la déclaration d'Henri IV d'un mois auparavant et non enregistrée, voulut prendre le premier rang et qui fut pris lui-même par le bras par le duc de Guise qui lui dit que ce qui pouvoit être hier n'étoit plus bon aujourd'hui , en le mettant derrière lui, et lui fit prendre le rang de son ancienneté de pairie, dont ils n'étoient pas sortis depuis. M. de Vendôme auroit bien pu répliquer sur la promotion de l'ordre de Louis XIII ; mais M. de La Rochefoucauld et M. le Grand mirent le holà, les firent taire, et finirent cette dispute si vive et si haute le plus doucement qu'ils purent , comme ils arrivoient à Marly. La promenade et le retour se