‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 107 sur 374 · ANCIENNETÉ DES VENDÔMES · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ DES VENDÔMES

passèrent sans plus parler du procès et civilement entre eux; mais dès que M. de Vendôme fut revenu à Versailles, il alla conter à M. du Maine ce qui lui étoit arrivé. Celui-ci , qui peu à peu , par un usage dont le roi soutenoit l'usurpation, avoit pris toutes les manières des princes du sang et en recevoit à peu près tous les honneurs , sentit le peu d'assurance de son état. Il dit à M. de Vendôme de parler au roi de ce qui lui venoit d'arriver, et de le laisser faire. En effet, dès le même soir, immédiatement avant le coucher du roi , H. du Maine lui fit sentir le besoin qu'il avoit de titres enregistrés qui constatassent son rang, et le roi, qui n'y avoit pas songé, résolut de n'y perdre pas un moment.

Le lendemain, il ordonna à M. de Vendôme de se désister juridique- ' ment de sa prétention du rang de la première érection de Vendôme . et il manda pour le jour suivant le premier président , le procureur général et le doyen du parlement, et dès ce même jour qui suivit cet ordre, la signification du désistement fut faite, qui surprit infiniment. Ce ne fut pas pour longtemps. Le roi ordonna à ces messieurs de dresser une déclaration en faveur de ses fils naturels, revêtus de pairie, pour précéder au parlement et partout tous autres pairs plus anciens qu'eux , de l'étendre beaucoup plus que celle d'Henri IV, et de les mettre au niveau des princes du sang. Harlay, qui avoit cent mille écua de brevet de retenue' sur sa charge de premier président, venoit d'en obtenir cinquante mille d'augmentation. Il étoit trop bon courtisan pour ne pas saisir une si sensible occasion de plaire , et trop habile pour n'en pas tirer tous ses avantages, et pour soi, et pour les usurpations de sa compagnie sur les jmirs, en leur donnant les bâtards pour protecteurs par leur intérêt. Il pria donc le roi de trouver bon qu'il pensât quelques jours à une solide exécution de ses ordres, et qu'il pût en conférer avec celui principalement qu'ils regardoient. C'est ce qu'il avoit grand intérêt de lui faire goûter, et par lui au rot, l'adroit parti qu'il se proposoit d'en tirer pour les usurpations du parlement et de s'en faire à soimême un protecteur, à tirer sur le temps pour le conduire à son but personnel.

Il fît donc entendre à M. du Maine qu'il ne feroit jamais rien de solide qu'en mettant les princes du sang hors d'intérêt et en leur en donnant un de ''.outenir ce qui seroit fait en sa faveur; que pour cela il falloit toujours laisser une différence entière entre les distinctions que le parlement f?.isoit aux princes du sang et celles qu'on lui accorderoit audessus des pairs, et former ainsi un rang intermédiaire qui ne blessât point les princes du sang, et qui au contraire les engageât à les maintenir dans tous les temps, par l'intérêt de se conserver un entre-deux entre eux et les pairs; que pour cela il falloit lui donner la préséance

\ . On appelait ainsi un brevet par lequel le roi donnait une cerlaine «omme fwr le prix d'une charge, d'un gouvernemenl, etc., A In femme, aiu liériliers ou aux créancier» du Ululaire. C'était une véritable penaiim de retraite ([iie le roi assurait aux principaux ronctionnairea et à leur famille, et qui devait cHic payée par leur Buccesseur.

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