‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 128 sur 374 · GRANDE ACTION DE M. DE NOYON · texte numérisé non relu

GRANDE ACTION DE M. DE NOYON

il exécuta bien la première partie de son ordre, pour l'autre il la suspendit au lendemain , demanda grâce , fit valoir la jeunesse de l'abbé , la tentation de profiter du ridicule du prélat , et surtout la réponse corrigée et augmentée de la main de M, de Noyon , qui , puisqu'il l'avoit examinée de la sorte , n'avoit qu'à se prendre à lui-même de n'y avoir pas aperçu ce que tout le monde avoit cru y voir. Cette dernière raison habilement maniée par un ministre agréable et de beaucoup d'esprit, fit tomber la lettre de cachet, mais non pas l'indignation. Pontchartrain pour cette fois n'en demandoit pas davantage. Il fit valoir le regret et la douleur de l'abbé , et sa disposition d'aller demander pardon à M. de Noyon, et lui témoigner qu'il n'avoit jamais eu l'intention de lui manquer de respect et de lui déplaire. En effet, il lui fit demander la permission d'aller lui faire cette soumission ; mais l'évèque outré ne la voulut point recevoir, et après avoir éclaté sans mesure contre les Caumartin , s'en alla passer sa honte dans son diocèse , où il demeura longtemps.

Il faut dire tout de suite que, peu après son retour à Paris, il tomba si malade qu'il reçut ses sacrements. Avant de les recevoir, il envoya chercher l'abbé de Caumartin, lui pardonna, l'embrassa, tira de son doigt un beau diamant qu'il le pria de garder et de porter pour l'amour de lui , et quand il fut guéri il fit auprès du roi tout ce qu'il put pour le raccommoder; il y a travaillé toute sa vie avec chaleur et persévérance , et n'a rien oublié pour le faire évêque, mais ce trait l'avoit radicalement perdu dans l'esprit du roi , et M. de Noyon n'en eut que le bien devant Dieu par cette grande action, et l'honneur devant le monde.

L'orgueil du cardinal de Bouillon donna vers ce même temps une autre sorte de scène. Pour l'entendre il faut dire qu'il y a dans la province d'Auvergne deux terres particulières dont l'une s'appelle le comté d'Auvergne , l'autre le dauphiné d'Auvergne. Le comté a une étendue ordinaire et des mouvances ordinaires d'une terre ordinaire sans droits singuliers, et sans rien de distingué de toutes les autres. Comment elle a retenu ce nom et le dauphiné le sien , mèneroit à une dissertation trop longue. Le dauphiné est encore plus petit en étendue que le comté, et bien qu'érigé en princ^rie, n'a ni rang ni distinction par-dessus les autres terres , ni droits particuliers , et n'a jamais donné aucune prétention à ceux qui l'ont possédé. Mais la distinction du nom de princedauphin avoit plu à la branche de Montpensier qui possédoit cette terre dont quelques-uns ont porté ce titre du vivant de leur père avant de devenir ducs de Montpensier. Le comté d'Auvergne tel qu'il vient d'être dépeint étoit entré et sorti de la maison de La Tour par des mariages et des successions. Ce nom étoit friand pour des gens qui minutoient do changer leur nom de La Tour en celui d'Auvergne, et ils firent si bien auprès du roi lors et depuis l'échange de Sedan, que cette terre est rentrée chez eux , et c'est de là que ie frère du duc et du cardinal de Bouillon porte le nom de comte d'Auvergne.

Le dauphiné d'Auvergne étoit échu à Monsieur par la succession de Mademoiselle , et aussitôt le cardinal avoit conçu une envie démesurée

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