‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 130 sur 374 · CHANGEMENTS CHEZ MONSIEUR · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS CHEZ MONSIEUR

aîné la moitié de sa charge de premier gentilhomme de sa chambre. Châtillon avoit épousé par amour Mlle de Pienne; c'étoit, sans contredit, le plus beau couple de la cour, et le mieux fait, et du plus grand air. Ils se brouillèrent et se séparèrent à ne se jamais revoir. Elle étoit dame d'atours de Madame, et sœur de la marquise de Villequier, aussi mariée par amour. M. d'Aumont avoit été des années sans y vouloir consentir. Enfin, Mme de Maintenon s'en mêla, parce que la mère de cette belle étoit parente et de même nom que l'évêque de Chartres, directeur de Saint-Cyr et de Mme de Maintenon , laquelle enfin en étoit venue à bout. Le comte de Tonnerre, neveu de M. de Noyon, dont je viens de parler , vendit aussi l'autre charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, qu'il avoit depuis longtemps, à Sassenage, qui quitta le service. Tonnerre avoit beaucoup d'esprit, mais c'éloit tout; il en partoit souvent des traits extrêmement plaisants et salés, mais qui lui attiroient des aventures qu'il ne soutenoit pas , et qui ne purent le corriger de ne se rien refuser, et il étoit parvenu enfin à cet état, qu'il eût été honteux d'avoir une querelle avec lui ; aussi ne se contraignoit-on point sur ce qu'on vouloit lui répondre ou lui dire. Il étoit depuis longtemps fort mal dans sa petite cour par ses bons mots. Il lui avoit échappé de dire qu'il ne savoit ce qu'il faisoit de demeurer en cette boutique; que Monsieur étoit la plus sotte femme du monde , et Madame le plus sot homme qu'il eût jamais vu. L'un et l'autre le surent , et en furent très-ofTensés. Il n'en fut pourtant autre chose; mais le mélange des brocards sur chacun et du mépris extrême qu'il avoit acquis, le chassèrent à la fin pour mener une vie fort pitoyable.

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