‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 141 sur 374 · DU DUC DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

DU DUC DE MONTMORENCY

et sentîmes que le plus grand mal qui nous pût arriver seroit la désunion, et nous conclûmes qu'avant tout, il falloit se hâter de raccommoder ces deux ducs et les disposer à opiner plus paisiblement, et mettant tout autre intérêt à part et toute fantaisie personnelle, n'aller qu'au but et au bien de notre affaire commune. Après un assez long entretien tète à tète , M. de La Rochefoucauld s'en chargea ; il n'y perdit pas un moment, et heureusement il y réussit avant la première assemblée. Celle-ci fut tranquille , et M, de La Trémoille y revint. Il fut proposé de négocier avec le premier président et de le faire sonder; mais ce hnmeçon fut modestement mais très-fermement rejeté, et enfin la récusation du premier président résolue. On accorda seulement, à la considération que nous avions tous pour M. de Chaulnes, qu'on ne feroit point assigner M. de Gesvres tant que rien ne péricliteroit, et qu'on attendroit à le faire autant qu'on le pourroit sans hasarder ce qui venoit d'être résolu. Ensuite on proposa de prendre une requête civile au nom des ducs de Lesdiguières, de Brissac et de Rohan, dont pour abréger je n'expliquerai ni les raisons ni la procédure; mais M. de Rolian refusa d'y consentir jusqu'à ce que préalablement le duc de Gesvres eût été mis en cause, et ne se contenta d'aucunes raisons ni d'aucunes paroles qu'on lui voulut donner. Son consentement enfin ne s'arracha qu'après tant d'allées et venues que le projet de la requête civile vint à M. de Luxembourg qui prit aussitôt ses mesures avec le vieux chancelier Boucherat, gouverné par Mme d'Harlay sa fille, qui ménageoit fort le premier président, cousin de son mari, qui fit en sorte qu'aucun des maîtres des requêtes ne scellât rien là-dessus du petit sceau sans grande connoissance de cause , c'est-à-dire sans que M. de Luxembourg fût averti à temps de s'y opposer. Il est difficile de comprendre comment une aussi bonne tête que M. de Chaulnes , et un homme aussi digne que lui, se montra si difficile à la récusation du premier président après qu'il lui avoit si indignement manqué de parole, et avec la connoissance qu'il avoit de ses souplesses et tous les tours et détours de perfidie dont il avoit usé jusqu'à découvert avec nous; et d'autre part, il ne fut pas moins étrange que M. de Rohan se montrât si roide pour la récusation, après la mollesse et la variation , pour ne pas dire pis , avec laquelle il l'avoit fait avorter entre ses mains, après l'avoir entreprise, et avec certitude de succès , comme je l'ai raconté plus haut. Toutes ces longueurs coulèrent le temps jusqu'à l'ouverture de la campagne. M. de Luxembourg, maréchal de camp, servant dans l'armée de Flandre, s'y rendit, et notre procès demeura accroché jusqu'à l'hiver suivant. Il avoit perdu sa femme, et perdit tôt après le seul enfant qu'il en avoit eu, sans que son union intime avec M. et Mme de Chevreuse en ait été en rien diminuée.

11 y avoit eu, sur les fins de l'été et dans les commencements de l'hiver, des tentatives de négociations de paix , je ne sais sur quoi fondées. Crécy alla en Suisse comme en pays neutre et mitoyen entre l'empereur et M, de Savoie, et pas fort éloigné de Venise qui se môloit de bons offices. Il étoit frère du P. Verjus , jésuite , ami particulier

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