HARLAY CONSEILLER D'ÉTAT
du P. de La Chaise, et il avoit été résident en plusieurs cours d'Allemagne dont il connoissoit parfaitement le droit public, les diverses cours des princes et leurs intérêts : c'étoit un homme sage, mesuré, et qui , sous un extérieur et des manières peu agréables et qui sentoient bien plus l'étranger, le nouveau débarqué que le François à force d'avoir séjourné dehors , et un langage de même , cachoit une adresse et une finesse pou communes , une prompte connoissance , par le discernement, des geus avec qui il avoit à traiter et de leur but; et qui, à force de n'entendre que ce qu'il vouloit bien entendre, de patience et de suite infatigable , et de fécondité à présenter sous toutes sortes de faces différentes les mêmes choses qui avoient été rebutées, arrivoit souvent à son but.
L'abbé Horel alla vers Aix-la-Chapelle pour négocier dans l'empire. C'étoit une excellente tête, pleine de sens et de jugement, produite par Saint-Pouange , dont il éloit ami de table et de plaisir, et que M. de Louvois et le roi ensuite qui s'en étoit bien trouvé , avoit employé en plusieurs voyages secrets. Il avoit un frère conseiller au parlement et chanoine de Notre-Dame, qui ne lui ressembloit que pour aimer encore mieux le vin que lui et ne le porter pas si bien, et qu'il fit enfin aumônier du roi.
Harlay, conseiller d'Ëtat et gendre du chancelier, homme d'esprit, mais c'étoit à peu près tout , étoit allé à Maestricht sonder les Hollandois; mais ces démarches ne firent qu'enorgueillir les ennemis et les éloigner de la paix à proportion qu'ils nous la jugeoient plus nécessaire, et qu'ils y voyoient un empressement et des recherches si opposés à l'orgueil avec lequel on s'étoit piqué de terminer toutes les guerres précédentes. Ce fut tout le fruit que ces messieurs rapportèrent dans les premiers mois de cet hiver. Ils eurent même l'impudence de faire sentira M. d'Harlay, dont la maigreur et la pâleur étoient extraordinaires, qu'ils le prenoient pour un échantillon de la réduction où se trouvoit la France. Lui , sans se fâcher , répondit plaisamment que , s'ils vouloient lui donner le temps de faire venir sa femme , ils pourroient en concevoir une autre opinion de l'état du royaume. En effet, elle étoit extrêmement grosse et étoit très- haute en couleur. Il fut assez brutalement congédié, et se hâta de regagner notre frontière.
Les hi^rers ne se passèrent guère sans aventures et sans tracasseries. M. d'Elbœuf trouva plaisant de faire l'amoureux de la duchesse de Villeroy , toute nouvelle mariée , et qui n'y donnoit aucun lieu. Il lui en coûta quelque séjour à Paris pour laisser passer cette fantaisie , qui alloit plus à insulter MM. de Yilleroy qu'à toute autre chose. Ce n'étoit pas que M. d'Elbœuf eût aucun lieu de se plaindre d'eux ; mais c'étoit un homme dont l'esprit audacieux se plaisoit à des scènes éclatantes , et que sa figure , sa naissance et les bontés du roi avoient solidement gâté.
Roquelaure , duc à brevet et plaisant de profession , eseuya une triste aventure. Il avoit été toute sa vie extrêmement du grand monde, et ami intime de M. de Vendôme. Comme il vouloit tenir à tout, il s'étoit