MARÉCHAL DE LORGES EN APOPLEXIE
nages qui lui en avoient fait la conquête. Les armées ne firent plus que subsister et se séparèrent à la fin d'octobre, et tous les généraux d'armée revinrent à la cour.
J'ai laissé le maréchal de Joyeuse séparé par le Rhin du prince Louis de Bade , et M. et Mme la maréchale de Lorges à Landau , où après que nous eûmes repassé je les vins trouver. Pendant plus de six semaines que nous y demeurâmes, toute l'armée, qui n'étoit pas loin, les vint voir. La santé rétablie , M. le maréchal de Lorges eut impatience de retourner à la tète de son armée ; et Mme la maréchale s'en alla à Paris. Il est impossible de décrire la joie et les acclamations de toute l'armée à ce retour de son général ; tout ce qui la put quitter vint deux lieues à sa rencontre. Les décharges d'artillerie et de mousqueterie furent générales et réitérées malgré toutes ses défenses. Toute la nuit le camp fut en feu et en bonne chère , et des tables et des feux de joie devant tous les corps. Le maréchal de Joyeuse ne s'étoit pas fait aimer. Il étoit de plus accusé d'avoir beaucoup pris , et d'avoir réduit la cavalerie et les équipages à une maigreur extrême, faute de fourrages dans un pays qui en regorgeoit ; et ce passage de lui à un général qui se faisoit adorer par ses manières et par son désintéressement causa cet incroyable transport de joie qui fut universel.
Peu après ce retour , l'armée fut partagée pour la commodité des subsistances. Les maréchaux demeurèrent vers î'Alsnce avec une partie, et Tallard mena l'autre vers la Nave et le HondsrQck , où j'allai avec mon régiment. Je n'y demeurai pas longtemps que j'appris que le maréchal de Lorges étoit tombé en apoplexie , et sur-le-champ je partis pour l'aller trouver avec le comte de Roucy et le chevalier de Roye, ses neveux, et une escorte que Tallard nous donna. Le mal eût été léger si on n'y eût pourvu à temps, mais il lui est ordinaire de ne se laisser pas sentir; et il n'y eut pas moyen de persuader le malade de se conduire et de faire ce qu'il auroit fallu; tellement que le mal augmenta au point qu'il en fallut venir aux remèdes les plus violents qui, avec un grand péril , réussirent. Cependant arrivèrent les quartiers de fourrages , et en même temps Mme la maréchale de Lorges à Strasbourg qui . n'avoit eu guère le temjis de se reposer à Paris. Nous fûmes tous l'y voir et y demeurer jusqu'à son départ avec M. le maréchal pour Vichy. En même temps arrivèrent les quartiers d'hiver, et je m'en allai à Paris.