LE MARÉCHAL DE LORGES NE~SERT PLUS
Tonnerre, après l'avoir remercié, lui dit qu'il n'ignoroit pas cet honneur et cette distinction des évèques-pairs , mais qu'il n'y avoit bontés ni amitiés qu'il ne reçût tous les jours de M. d'Orléans , qui , ne pouvant avoir cet honneur étant évêque et premier aumônier, il seroit trop peiné de lui donner ce dégoût, lui n'étant encore que nommé et ayant demandé de continuera servir dans sa charge d'aumônier jusqu'à l'arrivée de ses bulles. Il fut extrêmement loué de cette modestie et de cette considération pour M. d'Orléans, et Monseigneur lui dit qu'il ne ▼ouloit pas le contraindre , mais qu'il seroit le maître de se mettre à table avec lui toutes les fois qu'il le voudroit.
M. et Mme la maréchale de Lorges arrivèrent de Vichy, et se pressèrent trop d'aller k Versailles, où ils furent reçus du roi avec les plus grandes marques d'amitié et de distinction. Mais M. le maréchal parut encore en plus mauvais état à la cour qu'il n' avoit fait à Paris, et, presque aussitôt qu'il eut pris le bâton , il fut obligé de l'envoyer au maréchal de Villeroy. Le roi comprit qu'après deux aussi fortes maladies et si près à près , il ne seroit plus en état de servir , et ne voulut pas s'exposer, au milieu d'une campagne, aux inconvénients qui pouvoient naître de la santé du général. îl eut peine à en parler lui-même au maréchal, et chargea M. de La Rochefoucauld, son ami le plus intime de tous les temps, de le lui faire entendre, et de tâcher surtout qu'il ne s'opiniâtrât point là-dessus à vouloir lui parler ni lui écrire. M. de La Rochefoucauld vint donc dîner chez lui à Paris, et après le dîner le prit en particulier avec la maréchale. Ce compliment leur parut amer. M. le maréchal de Lorges se croyoit en état de commander l'armée; il voulut une audience du roi , et il l'eut. Tout s'y passa avec toutes sortes d'égards et d'amitiés du roi , mais il ne put changer de pensée, et M. de Lorges s'y soumit de bonne grâce, quoique très-peiné de devenir inutile, surtout par rapport à moi et à ses neveux. Nous en fûmes aussi fort affligés, par la différence infinie que cela faisoit pour nous à l'armée et à la considération même partout ailleurs.
Peu de jours après nous fûmes d'un voyage de Marly , qui fut pour moi le premier, où il arriva une singulière scène. Le roi et Monseigneur y tenoient chacun une table à même heure et en même pièce , soir et matin; les dames s'y partageoient sans affectation, sinon que Mme la princesse de Conti étoit toujours à celle de Monseigneur, et ses deux autres sœurs toujours à celle du roi. Il y avoit dans un coia de la même pièce cinq ou six couverts où , sans affectation aussi , se mettoient tantôt les unes , tantôt les autres , mais qui n'étoient tenus par personne. Celle du roi étoit plus proche du grand salon , l'autre plus voisine des fenêtres et de la porte par où, en sortant de dîner, le roi alloit chez Mme de Maintenon . qui alors dînoit souvent à la table du roi , se mettoit vis-àvis de lui (les tables étoient rondes), ne mangeoit jamais qu'à celle-là, et soupoit toujours seule chez elle. Pour expliquer le fait il falloit mettre ce tableau au net.
Les princesses n'étoient que très-légèrement raccommodées, comme on l'a vu plus haut , et Mme la princesse de Conti intérieurement de fort mauvaise humeur du goût de Monseigneur pour la Choin , qu'elle ne