‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 175 sur 374 · ET DE M. DE CHARTRES · texte numérisé non relu

ET DE M. DE CHARTRES

ci , qui ne soupçonnoit pas qu'elle fût si instruite , s'embarrassa et augmenta les soupçons. Tout à coup Mme Guyon fut chassée de Saint- Cyr, et on ne s'y appliqua plus qu'à effacer jusqu'aux moindres traces de ce qu'elle y avoit enseigné. On y eut beaucoup de peine; elle en avoit charmé plusieurs qui s'étoient véritablement attachées à elle et à sa doctrine , et M. de Chartres en profita pour faire sentir tout le danger de ce poison et pour rendre M. de Cambrai fort suspect. Un tel revers et si peu attendu l'étourdit, mais il ne l'abattit pas. Il paya d'esprit, d'autorités mystiques, de fermeté sur ses étriers. Ses amis principaux le soutinrent.

M. de Chartres, content de s'être solidement raffermi dans l'esprit et la confiance de Mme de Maintenon , ne voulut pas pousser si fort de suite un homme si soutenu ; mais sa pénitente , piquée d'avoir été conduite sur le bord du précipice , se refroidit de plus en plus pour M. de Cambrai , et s'irrita de plus en plus contre Mme Guyon. On sut qu'elle continuoit à voir sourdement du monde à Paris ; on le lui défendit sous de si grandes peines qu'elle se cacha davantage , mais sans pouvoir se passer de dogmatiser bien en cachette , ni son petit troupeau de se rassembler par parties autour d'elle en différents lieux. Cette conduite qui fut éclairée, lui fit donner ordre de sortir de Paris. Elle obéit, mai» incontinent elle se vint cacher dans une petite maison obscure du faubourg Saint-Antoine. L'extrême attention avec laquelle elle étoit suivie fit que , ne la dépistant de nulle part , on ne douta pas qu'elle ne fût rentrée dans Paris, et à force de recherches on la soupçonna où elle étoit, sur le rapport qu'on eut des voisins des mystères sans lesquels cette porte ne s'ouvroit point. On voulut être éclairci ; une servante qui portoit le pain et les herbes fut suivie de si près et si adroitement qu'on entra avec elle. Mme Guyon fut trouvée et conduite sur-le-champ à la Bastille avec ordre de l'y bien traiter, mais avec les plus rigoureuses défenses de la laisser voir , écrire , ni recevoir de nouvelles de personne. Ce fut un coup de foudre pour M. de Cambrai et pour ses amis, et pour le petit troupeau , qui ne s'en réunit que davantage. Les suites dépasseroient l'année. Il vaut mieux en demeurer où nous en sommes pour celle-ci et remettre aux événements de la suivante tout ce qui les amena.

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