‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 179 sur 374 · MORT DE MADAME DE GUISE · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DE GUISE

les premières notions on s'étoit préparé à tout ce qui lui étoit nécessaire. Les troupes destinées au trajet et qu'on tenoit à portée y marchèrent en même temps , et une escadre s'y rendit pour le transport. Le marquis d'Harcourt commanda tout sous lui avec Praconital , maréchal de camp , et le duc d'flumières , Biron et Mornay pour brigadiers. Ces messieurs s'y morfondirent tout le reste de l'hiver et tout le printemps, longtemps contrariés des vents, puis bloqués par les vaisseaux anglois qui empêchèrent qu'on ne pût entrer ni sortir. Tout échoua de la sorte comme il arriva toujours aux projets de ce malheureux prince qui revint enfin A Saint-Germain , et les troupes retournèrent se rafraîchir, puis joindre les armées de Flandre.

Mme de Guise mourut en ce temps-ci. Bossue et contrefaite à l'excès, elle avoit mieux aimé épouser le dernier duc de Guise, en mai 1667, que de ne se point marier. Monsieur , son père , frère de Louis XIII, étoit mort en 1660. Madame , sa mère , qui étoit sœur de Charles IV , duc de Lorraine, et que Monsieur avoit clandestinement épousée à Nancy en 1632, dont Louis XIII voulut si longtemps faire casser le mariage, et qui ne put venir en France qu'après sa mort, étoit morte en 1662. Mme de Savoie, sœur du même lit, et cadette de Mme de Guise, étoit morte sans enfants en 1664 , et son autre sœur du même lit et l'aînée étoit revenue dans un couvent de France , sans aucune considération , après avoir quitté ses enfants et son mari , le grand-duc de Toscane , qui ne put jamais l'apprivoiser. Mlle d'Alençon , c'est ainsi qu'on appeloit Mme de Guise avant son mariage , avoit plus de vingt ans , étant née 26 septembre 1646. Elle étoit fort maltraitée par Mademoiselle, sa sœur, unique du premier lit, puissamment riche, et qui n'avoit jamais pu digérer le second mariage de Monsieur , son père , ni souffrir sa seconde femme, ni ses filles. Dans cet état d'abandon, comptée pour rien par le roi et par Monsieur , ses seuls parents paternels , car la branche de Condé étoit déjà fort éloignée, elle se laissa gouverner par Mlle de Guise, qui tenoit par ses biens et son rang un grand état dans le monde , et qui s'étoit soumis toute la maison de Lorraine. C'étoit de plus une personne de beaucoup d'esprit et de desseins, et fort digne des Guise ses pères. Elle avoit perdu tous ses frères , desquels tous il ne restoit d'enfants que le seul duc de Guise né en août 1650. Il y avoit un grand inconvénient; sa mère étoit à peu près folle dès lors , et ne tarda pas à le devenir tout à fait. Elle étoit fille unique et héritière du dernier duc d'Angoulème, fils du bâtard de Charles IX, et d'une La Guiche, de laquelle j'ai déjà parlé , chez qui ma mère fut mariée.

Mlle de Guise, malgré ce grand contredit, entreprit cette grande affaire , et elle en vint à bout. Tous les respects dus à une petite-fille de France furent conservés. M. de Guise n'eut qu'un ployant devant Mme sa femme. Tous les jours à dîner il lui donnoit la serviette , et quand elle étoit dans son fauteuil , et qu'elle avoit déployé sa serviette , M. de Guise debout , elle ordonnoit qu'on lui apportât un couvert qui étoit toujours prêt au buffet. Ce couvert se mettoit en retour au bout de la table , puis elle disoit à M. de Guise de s'y mettre, et il s'y mettoit. Tout le reste étoit observé avec la même exactitude , et cela se recommençoit tous les

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