MAISON DE LA DUCHESSE DE BOURGOGNE
cevoir la princesse au pont Beauvoisin , et Desgranges , un des premiers commis de Pontchartrain et maître des cérémonies, pour y aller aussi, et faire là sa charge et pendant le voyage de la princesse.
Sa maison fut plus longtemps à être déterminée. La cour étoit depuis longtemps sans reine et sans Dauphine. Toutes les dames d'une certaine portée d'état ou de faveur s'empressèrent et briguèrent, et beaucoup aux dépens les unes des autres; les lettres anonymes mouchèrent ' , les délations , les faux rapports. Tout se passa uniquement làdessus entre le roi et Mme de Maintenon qui ne bougeoit du chevet de son lit pendant toute sa maladie , excepté lorsqu'il se laissoit voir et qui y étoit la plupart du temps seule. Elle avoit résolu d'être la véritable gouvernante de la princesse , de l'élever à son gré et à son point , de se l'attacher en même temps assez pour en pouvoir amuser le roi , sans crainte, qu'après le temps de poupée passé, elle lui pût devenir dangereuse. Elle songeoit encore à tenir par elle Mgr le duc de Bourgogne un jour, et cette pensée l'occupoit d'autant plus que nous verrons bientôt que ses liaisons étoient déjà bien refroidies avec les ducs et duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers, auxquelles pour cette raisoa l'exclusion fut donnée de la place de dame d'honneur que l'une ou l'autre auroient si dignement et si utilement remplie. Mme de Maintenon chercha donc, pour environner la princesse, des personnes ou entièrement et sûrement à elle , ou dont l'esprit fût assez court pour n'avoir rien à appréhender; ainsi le dimanche, 2 septembre, la maison fut nommée et déclarée :
Dangeau, chevalier d'honneur; La duchesse du Lude , dame d'honneur; La comtesse de Mailly, dame d'atours; Tessé , premier écuyer.
DAUKS DU PALAIS BN CET ORDRE :
Mme de Dangeau ;
La comtesse de Roucy;
Mme de Nogaret;
Mmed'O;
La marquise du Châtelet;
Mme de Montgon;
Et pour première femme de chambre , Mme Camoin ;
Peu après, le P. Lecomte, jésuite, pour confesseur, et dans la suite,
L'évêquede Meaux, premier aumônier ci-devant de Mme la Dauphine, et auparavant précepteur de Monseigneur;
Et Yillacerf acheta du roi la charge de premier maître d'hôtel.
Il faut voir maintenant ce qu'on sut des raisons de chacun de ces choix et de celui de Mme de Gastries pour dame d'atours de Mme la duchesse de Chartres , au lieu de la comtesse de Mailly , qui se trouvera en son temps.
4. On a déji va ce mol plus haut (p. 415), pris ici dons le m^mc sic*.
SAIHT-SlItOM I 10
218 DUCHESSE DU LUDË [1696]
Pour celui du comte de Tessé , les raisons en sont visibles et j'ai suffisamment parlé de sa personne.
J'en dis autant de celui de la comtesse de Mailly ;
Et pour le P. Lecomte, ce fut une affaire intérieure de jésuites, dont le P. de La Chaise fut le maître.
La duchesse du Lude étoit sœur du duc de Sully, qui fut chevalier de l'ordre en 1688, fille de la duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Séguier, Elle avoit épousé en premières noces ce galant comte de Guiche, fils aîné du maréchal de Grammont qui a fait en son temps tant de bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut point d'enfants. Elle étoit encore fort belle et toujours sage , sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde et le désir de plaire à tout le monde, d'avoir des amis, des places, delà considération, et avoit été dame du palais de la reine : elle eut de tout cela , parce que c'étoit la meilleure femme du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria au duc du Lude par inclination réciproque, qui étoit grand maître de l'artillerie, extrêmement bien avec le roi , et d'ailleurs fort à la mode et qui tenoit un grand état. Ils vécurent très-bien ensemble, et elle le perdit sans en avoir eu d'enfants. Elle demeura toujours attachée à la cour, où sa bonne maison , sa politesse et sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et où, sans aucun besoin , elle faisoit par nature sa cour aux ministres , et tout ce qui étoit en crédit, jusqu'aux valets. Le roi n'avoit aucun goût pour elle, ni Mme de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlys et ne participoit à aucune des distinctions que le roi donnoit souvent à un petit nombre de dames. Telle étoit sa situation à la cour lorsqu'il fut question d'une dame d'honneur, sur qui roulât toute la confiance de l'éducation et de la conduite de la princesse que Mme de Maintenon avoit résolu de tenir immédiatement sous sa main pour en faire l'amusement intérieur du roi.
Le samedi matin, veille de la déclaration de la maison, le roi, qui gardoitle lit pour son anthrax, causoit, entre midi et une heure, avec Monsieur qui étoit seul avec lui. Monsieur , toujours curieux , tàchoit de faire parler le roi sur le choix d'une dame d'honneur que tout le monde voyoit qui ne pouvoit plus être différé; et comme ils en parloient. Monsieur vit à travers la chambre , par la fenêtre , la duchesse du Lude dans sa chaise avec sa livrée qui traversoit le bas de la grande cour, qui revenoit de la messe : « En voilà une qui passe, dit-il au roi, qui en a bonne envie, et qui n'en donne pas sa part, » et lui nomme la duchesse du Lude. « Bon, dit le roi, voilà le meilleur choix du monde pour apprendre à la princesse à bien mettre du rouge et des mouches , » et ajouta des propos d'aigreur et d'éloignement. C'est qu'il étoit alors plus dévot qu'il ne l'a été depuis, et que ces choses le choquoient davantage. Monsieur, qui ne se soucioit point de la duchesse du Lude, et qui n'en avoit parlé que par ce hasard et par curiosité , laissa dire lo roi et s'en alla dîner , bien persuadé que la duchesse du Lude étoit hors