MESDAMES DE MONTGON ET D'HEUDICOURT
Le maréchal d'Albret, des bâtards de cette grande maison dès lors éteinte , avoit une grand'mère Pons , mère de son père , fille du chevalier du Saint-Esprit de la première promotion , sœur de la fameuse Mme de Guiercheville , dame d'honneur de Marie de Médicis, qui introduisit la première le cardinal de Richelieu auprès d'elle, et qui fut mère en secondes noces du duc de Liancourt. Le maréchal d'Albret, qui eut son bâton pour avoir conduit M. le Prince, M. le prince de Conti et M. de Longueviile à Vincennes avec les chevau-légers , fut toute sa vie dans une grande considération, et tenoit un grand état partout. Il étoit chevalier de l'ordre et gouverneur de Guyenne. 11 avoit chez lui, à Paris, la meilleure compagnie , et Mlles de Pons n'en bougeoient , qui n'avoient rien, et qu'il regardoit comme ses nièces. Il fit épouser l'aînée à son frère, qui n'eut point d'enfants, et est morte en 1614'; elle s'appeloit Mme de Miossens et faisoit peur par la longueur de sa personne. La cadette, belle comme le jour, plaisoit extrêmement au maréchal et à bien d'autres.
Mme Scarron , belle , jeune , galante , veuve et dans la misère , fut introduite par ses amis à l'hôtel d'Albret, où elle plut infiniment au maréchal et à tous ses commensaux par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses , et son attention à plaire à tout le monde et surtout à faire sa cour à tout ce qui tenoit au maréchal; ce fut là où elle fut connue de la duchesse de Richelieu, veuve en premières noces du frère aîné du maréchal d'Albret , qui de plus avoient marié ensemble leur fils et leur fille unique; et la duchesse, quoique remariée , étoit demeurée dans la plus intime liaison avec le maréchal. Lui et Mme de Montespan étoient enfants du frère et de la sœur. M. et Mme de Montespan ne bougeoient de chez lui , et ce fut où elle connut Mme Scarron et qu'elle prit amitié pour elle. Devenue maîtresse du roi, le maréchal n'eut garde de se brouiller avec elle pour son cousin : en bon courtisan il prit son parti et devint son meilleur ami et son conseil. C'est ce qui fit la fortune de Mme Scarron , qui fut mise gouvernante des enfants qu'elle eut du roi , dès Içur naissance. Le maréchal , qui ne savoit que faire de Mlle de Pons, trouva un Sublet, de la môme famille du secrétaire d'État des Noyers, qui avoit du bien et qui , ébloui de la beauté et de la grande naissance de cette fille , l'épousa pour l'alliance et la protection du maréchal d'Albret, qui, pour lui donner un état, lui obtint, en considération de ce mariage , l'agrément de la charge de grand louvetier dont le marquis de Saint-Herem se défaisoit pour acheter le gouvernement de Fontainebleau. Ce nouveau grand louvetier s'appeloit M. d'Heudicourt et eut une fille à peu près de l'âge de M. du Maine , quelques années de plus. Mme Scarron fit trouver bon à Mme de Montespan qu'elle prît cette enfant pour faire jouer les siens, et l'élevaavec eux dans les ténèbres et le secret qui les couvroient alors. Quand ils parurent chez Mme de Montespan , la petite Heudicourt étoit toujours à
i . La date de i6\A est dans le manuscrit, mais il faut lire 474 4. En effet, Elisabeth de Pons, veuve du comte de Miossens ( François-Amanieu ), mourut le 23 février 17I4.