LE ROI VA AU-DEVANT DE LA PRINCESSE
tout le monde et charma le roi dès l'abord. Il la loua sans cesse et la caressa continuellement. Il se hâta d'envoyer un courrier à Mme de Maintenon ' , pour lui mander sa joie et les louanges de la princesse. Il soupa ensuite avec les dames du voyage , et fit mettre la princesse entre lui et Monseigneur.
Le lendemain le roi l'alla prendre , la mena à la messe , et dîna ensuite comme il avoit soupe la veille, et aussitôt après montèrent en carrosse, le roi et Monsieur au derrière, Monseigneur et la princesse au devant, de son côté à la portière la duchesse du Lude. Mgr le duc de Bourgogne les rencontra à Nemours, le roi le fit monter à l'autre portière, et sur les cinq heures du soir arrivèrent à Fontainebleau, dans la cour du Cheval-Blanc. Toute la cour étoit sur le fer à cheval , qui faisoit un trèsbeau spectacle avec la foule qui étoit en bas. Le rui menoit la princesse qui sembloit sortir de sa poche , et la conduisit fort lentement à la tribune un moment, puis au grand appartement de la reine mère qui lui étoit destiné, où Madame avec toutes les dames de la cour l'attendoient. Le roi lui nomma les premiers d'entre les princes et princesses du sang, puis dit à Monsieur de lui nommer tout le monde, et de prendre garde à lui faire saluer toutes les personnes qui le dévoient faire, et qu'il alloit se reposer. Monseigneur s'en alla aussi, l'un chez Mme de Maintenon, l'autre chez Mme la princesse de Conti,qui ne s'habilloit pas encore, d'une loupe qu'elle s'étoit fait ôter de dessus un œil et qu'elle en avoit pensé perdre. Monsieur demeura donc à côté de la princesse, tous deux debout, lui nommant tout ce qui, hommes et dames, lui ve- Doient baiser le bas de la robe, et lui disoit de baiser les personnes qu'elle devoit, c'est-à-dire princes et princesses du sang, ducs et duchesses et autres tabourets, les maréchaux de France et leurs femmes. Cela dura deux bonnes heures , puis la princesse soupa seule dans son appartement, où Mme de Maintenon, et Mme la princesse de Conti ensuite, la virent en particulier. Le lendemain elle fut voir Monsieur et Madame chez eux , et Monseigneur chez Mme la princesse de Conti , et reçut force bijoux et pierreries; et le roi envoya toutes les pierreries de la couronne à Mme de Mailly pour en parer la princesse tant qu'elle Youdroit.
Le roi régla qu'on la nommeroit tout court la princette , qu'elle mangeroit seule, servie par la duchesse du Lude, qu'elle ne verroit que ses dames et celles à qui le roi en donneroit expressément la permission , qu'elle ne tiendroit point encore de cour, que Mgr le duc de Bourgogne n'iroit chez elle qu'une fois tous les quinze jours, et MM. ses frères une fois le mois. Toute la cour retourna le 8 novembre à Versailles, où la princesse eut l'appartement de la reine, et de Mme la Dauphine ensuite, et où , en arrivant , tout ce qui étoit demeuré à Paris de considérable se trouva et lui fut présenté tout de suite comme à Fontainebleau. Le roi et Mme de Maintenon firent leur poupée de la princesse, dont l'esprit flatteur, iosinuaut, attentif leur plut infiniment, et qui peu à peu usurpa
^. Voy., i k fin du volume, la lettre que Louis XIV écrivit de Mcnlargi» 1 Mme de Muinlenon.
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