CANDIDATS POUR LA POLOGNE
de la guerre et de la paix , et raisonnèrent tant ensemble , que le marchand lui avoua de bonne foi le besoin et le désir qu'avoit sa répu- Mique de ]a paix. Ils approfondirent si bien que Caillières crut en devoir rendre compte à M. de Chevreuse. Il n'étoit qu'un avec le duc de Beauvilliers , son beau-frère , qui étoit dans le conseil ; il lui mena Caillières ; son récit fut goûté. Ces messieurs le firent voir à Croissy , oncle de leurs femmes, et à Pomponne leur ami, qui étoit aussi ministre, et de toutes ses conversations : Caillières fut envoyé secrètement en Hollande. Il revint quelques mois après, et fut encore renvoyé, et de ce dernier voyage il conduisit les affaires au point que les principales difficultés se trouvèrent levées au commencement de l'hiver, et qu'il eut ordre de paroître publiquement comme envoyé du roi en Hollande. On a vu que Courtm s'excusa d'être plénipotentiaire pour la paix , et que son collègue Harlay l'étant devenu, Crécy le fut nommé; on l'y vouloit pour sa capacité et son expérience, porté par le P. de La Chaise et les jésuites. L'exemple d'un homme de si peu fit mettre Caillières en troisième , qui avoit seul conduit l'affaire au point où elle étoit et qui étoit instruit de tout à fond.
C'étoit un grand homme maigre , avec un grand nez , la tête en arrière, distrait, civil, respectueux, qui, à force d'avoir vécu parmi les étrangers, en avoit pris toutes les manières, et avoit acquis un extérieur désagréable, auquel les dames et les gens du bel air ne purent s'accoutumer, mais qui disparoissoit dès qu'on l'entretenoit de choses et non de bagatelles. C'étoit en tout un très-bon homme , extrêmement sage et sensé, qui aimoit l'État et qui étoit fort instruit, fort modeste, parfaitement désintéressé, et qui ne craignoit de déplaire au roi ni aux ministres pour dire la vérité, et ce qu'il pensoit et pourquoi jusqu'au bout, et qui les faisoit très-souvent revenir à son avis.
Le roi traitoit une autre affaire pour laquelle il avoit hâté le retour des princes de l'armée, pour qu'il ne parût auquel d'eux il avoit à parler. L'abbé de Polignac, ambassadeur en Pologne, crut y voir jour à l'élection en faveur de M. le prince de Conti. Il le manda, et le roi, qui ne demandoitpas mieux que de se défaire d'un prince de ce mérite si universellement connu, et qu'il n'avoit jamais pu aimer, tourna toutes ses pensées à le porter sur ce trône. Les candidats qui s'y présentoient étoient les électeurs de Bavière , Saxe et palatin , le duc de Lorraine: et bien que les Polonois se déclarassent contre tout Piaste ', les fils du feu roi y auroient eu grande part , tant par une coutume assez ordinaire , que par le mérite d'un aussi grand homme que l'étoit J. Sobieski , si l'avarice extraordinaire de la reine qui avoit tout vendu et rançonné, et la hauteur de ses manières n'eût rendu ses enfants odieux à cause d'elle , et si elle eût été plus d'accord avec eux. Jacques , l'aîné , étoit fort mal avec elle , mais il étoit né avant l'élection de son père, ce qui le défavorisoit fort; il étoit d'ailleurs peu aimé, et son mariage avec une palatine, sœur de l'impératrice, le rendoit suspect.
4. On appelait ainsi les rois de Pologne qui étaient eux-mêmes Polonais, comme Jean Sobieski.