DUCHESSE DE VALENTINOIS
cette perfidie. Il en tira plus d'un parti ; car le roi , en colère contre Galloway, en sut si bon gré au premier président qu'il donna à son fils fort jeune, et qui se déshonoroit tous les jours dans sa charge d'avocat général , la place de conseiller d'Ëtat , vacante par la mort de Pussort, et que quelque temps après, il le combla par une pension de Tingt mille livres , qui est celle des ministres. Ainsi les forfaits sont récompensés en ce monde , mais la satisfaction n'en dure pas longtemps.
H. de Monaco , qui , comme on a vu plus haut , avoit obtenu le rang de prince étranger par le mariage de son fils avec la fille de M. le Grand, trouva bientôt et son fils plus encore, qu'ils l'avoient acheté bien cher. La duchesse de Valentinois étoit charmante , galante à l'avenant, et sans esprit ni conduite, avec une physionomie fort spirituelle; elle étoit gâtée par l'amitié de son père et de sa mère , et par les hommages de toute la cour dans une maison jour et nuit ouverte, où les grâces, qui étoient sa principale beauté, attiroient la plus brillante jeunesse. Son mari , avec beaucoup d'esprit , ne se sentoit pas le plus fort; sa taille et sa figure lui avoient acquis le nom de Goliath. Ilsoutlrit longtemps les hauteurs et les mépris de sa femme et de sa famille. Â la fin , lui et son père s'en lassèrent, et ils emmenèrent Mme de Valentinois à Ifonaco. Elle se désola et ses parents aussi , comme si on l'eût menée aux Indes. On peut jugrr que le voyage et le séjour ne se passèrent pas gaiement. Toutefois, elle promit merveilles, et au bout d'une couple d'années de pénitence, elle obtint son retour. Je ne sais qui fut son conseil, mais, sans changer de conduite, elle songea aux moyens de se garantir de retourner à Monaco , et pour cela fit un éclat épouvantable contre son beau-père, qu'elle accusa non-seulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer. M. le Grand, Mme d'Armagnac, leurs enfants, prirent son parti; et ce fut un vacarme le plus scandaleux, mais qui ne persuada personne. M. de Monaco u'étoit plus jeune. Il étoit fort honnête homme et avoit toujours passé pour tel; d'ailleurs, il avoit deux gros yeux d'aveugle, éteints, et qui en effet ne distinguoient rien à deux pieds d'eux, avec un gros ventre en pointe, qui faisoit peur tant il avançoit en saillie. L'éclat ne fut pas moins grand de sa part et de celle de'son fils contre une si étrange calomnie, et la séparation devint plus forte que jamais.
Au bout de quelques années, ils s'avisèrent qu'ils n'avoient point d'enfants, et que Mme de Valentinois, nageant dans les plaisirs de la cour, sous l'abri de sa famille , jouissoit seule de son crime , et se moquoit d'eux. Ils prirent donc leur parti. M. de Valentinois redemanda sa femme; d'abord on se moqua de lui chez elle; mais bientôt l'embarras succéda. Les dévots s'en mêlèrent. L'archevêque de Paris parla à Mme d'Armagnac , et M. de Monaco protesta qu'il ne verroit jamais sa belle-fille , et qu'il lui défendoit de se trouver en aucun lieu où il seroit. Tout cela ensemble fut un coup de foudre. Il fallut céder, et le 27 janvier, Mme d'Armagnac, accompagnée du prince Camille, son troisième fils , et de la princesse d'Harcourt , mena sa fille à Paris chez le duc de Valentinois, où se trouva la maréchale de Boufflers, sa cousine ger-