‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 222 sur 374 · MADAME DE L' AIGLE DAME D'HONNEUR · texte numérisé non relu

MADAME DE L' AIGLE DAME D'HONNEUR

maine. Mme de Valentinois y soupa et y coucha, et qui pis fut, y demeura.

Elle étoit très-souvent chez Mme la Duchesse , qui changea en même temps de dame d'honneur. Mme de Moreuil qui étoit personne d'esprit et de mérite , femme d'un original de beaucoup d'esprit aussi , des b&tards de cette ancienne maison de Moreuil éteinte depuis longtemps, et qui étoit à M. le Duc , demanda tout d'un coup à se retirer sans qu'on pût savoir pourquoi , et le voulut absolument. On vit depuis de quoi il étoit question. La pauvre femme cachoit un cancer dont elle mourut quelque temps après. Mme de L'Aigle fut mise en sa place et s'y fit aimer et estimer , et même considérer à la cour. C'étoit une femme de beaucoup d'esprit et de monde , fille de Mme de Rare , gouvernante des filles de M. Gaston ; son père et sa mère étoient fort des amis de mon père, et elle épousa le marquis de L'Aigle, à six lieues de la Ferté, qui^n étoit aussi beaucoup. C'est ce qui me fait remarquer cette bagatelle. Les affaires de M. de L'Aigle étoient très-mauvaises ; elle se mit là faute de mieux chez elle.

Il arriva une autre chose chez M. le Prince. Briord, son premier écuyer, fut choisi pour l'ambassade de Turin. Torcy, qui étoit de ses amis, le fit proposer par Pomponne, et quand l'afTuire fut faite, le roi en dit un mot d'honnêteté à M. le Prince. Le sujet était bon, mais le monde fut surpris du lieu où on avoit été chercher un ambassadeur, et je le remarque comme une chose singulière , et tout à fait nouvelle. Au demeurant , Briord étoit sage , honnête homme , et n'étoit pas incaf pable.

Pontchartrain cherchoit à marier son fils. Il lui avoit fait faire une grande tournée par les ports du levant et du ponant pour lui faire voir les choses dont il entendoit parler tous les jours , et connoître les officiers. Tout s'y passa moins en étude et en examens qu'en réceptions, en festins et en honneurs, tels qu'on auroit pu les rendre au Dauphin. Chacun s'y surpassa en cour et en bassesses pour le maître naissant de son sort et de sa fortune, qui revint peu instruit, mais beaucoup plus gâté qu'auparavant, et dans l'opinion d'être parfaitement au fait de tout. Le père crut avoir trouvé tout ce qu'il pouvoit désirer en Mlle de Malause, qui étoit pensionnaire à la Ville-l'Evêque à Paris. Sa mère, qui étoit Mitte, fille du marquis de Saint-Chaumont, étoit morte. Son père étoit un homme retiré dans sa province après avoir servi quelque temps jusqu'à être brigadier, et s'étoit remarié à une Bérenger-Montmouton dont il avoit deux fils. Sa mère à lui étoit sœur des maréchaux de Duras et de Lorges qui avoit toujours pris soin de cette famille avec amitié.

L'alliance en plut tant k Pontchartrain qu'il traita ce mariage, et qu'il en demanda l'agrément au roi. Sa surprise fut grande lorsqu'il entendit le roi lui conseiller de penser à autre chose. Comme celle-là lui convenoit, il insista, tellement que le roi lui dit franchement que cette fille portoit les armes de Bourbon qui le choqueroient accolées avec les siennes, qu'il la vouloit marier à son gré, et qu'en un mot, il dé- •iroit qu'il n'y pensât plus. La mortification fut grande. Les mini»-

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