ET LEUR ADRESSE
sente de parler de ceux qui sont réputés tels , par les mêmes raisons et avec, la même protestation que je viens d'écrire sur les quiélistes. Enfin le P. de La Rue, jésuite de tous points, fut dirigé par ses supérieurs, et passa toujours pour nager entre deux eaux, entre le gros de la société qui appuyoit les quiétistes, et quelques particuliers qui leur étoient effectivement contraires. Cela fit même une espèce de scission entre eux, dont , par politique , ils ne furent pas fâchés , mais qui embarrassa étrangement le P. Valois et le P. de La Chaise, que l'habitude, l'amitié et l'ancienne confiance du roi tirèrent plus d'affaire que son adresse, et l'estime et l'affection que sa douceur, ses bons choix et toute sa conduite lui avoient acquise, et qui avoient fait qu'il n'avoit presque point d'ennemis.
Dans ces circonstances , M. de Meaux publia son Instruction sur les états d'oraison, en deux volumes in-octâvo, la présenta au roi, aut principales personnes de la cour, et à ses amis. C'étoit un ouvrage en partie dogmatique, en partie historique, de tout ce qui s'étoit passé depuis la naissance de l'affaire jusqu'alors entre lui , M. de Paris et M. de Chartres, d'une part; M. de Cambrai et Mme Guyon, de l'autre. Cet historique très-curieux , et où M. de Meaux laissa voir et entendre tout ce qu'il ne voulut pas raconter, apprit des choses infinies, et fit lire le dogmatique. Celui-ci, clair, net, concis, appuyé de passages sans nombre et partout de l'Écriture, et des Pères ou des conciles, modeste, mais serré et pressant , parut un contraste du barbare , de l'obscur , de l'ombragé , du nouveau et du ton décisif de vrai et de faux des Maximet des saints ; [on le] dévora aussitôt qu'il parut. L'un, comme inintelligible , ne fut lu que des maîtres en Israël ; l'autre , à la portée ordinaire , et secouru de la pointe de l'historique , fut reçu avec avidité et dévorô de même. Il n'y eut homme ni femme à la cour qui ne se fît un plaisir de le lire et qui ne se piquât de l'avoir lu, déporte qu'il fit longtemps toutes les conversations de la cour et de la ville. Le roi en remercia publiquement M. de Meaux. En même temps M. de Paris et M. de Chartres donnèrent chacun une instruction fort théologique , en forme de mandement , à leur diocèse , mais qui fut un volume , surtout celui de M. de Chartres, dont la profondeur et la solidité l'emporta sur les deux autres, au jugement des connoisseurs, et devint la pierre principale contre laquelle M. de Cambrai se brisa.
Ces deux livres , si opposés en doctrines et en style , et si différemment accueillis dans le monde , y causèrent un grand fracas. Le roi s'interposa et obligea M. de Cambrai à souffrir que le sien fût examiné par les archevêques de Reims et de Paris , et par les évoques de Meaux, Chartres, Toul, Soissons et Amiens, c'est-à-dire par ses adversaires ou par des prélats qui leur adhéroient. Paris , Meaux et Chartres étoient ses parties reconnues; Reims s'étoit joint à eux; Toul, qui a tant fait parler de lui depuis, sous le nom de cardinal de Bissy, vivoit avec M. de Chartres comme avec un protecteur duquel il attendoit sa fortune; Soissons, frère de Puysieux, étoit un fat, mais avec de l'esprit, du savoir, et plus d'ambition encore, qui lui avoit fait changer son évôché d'Avranches avec le savant Huât, pour être plus près de Paris et de la