‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 238 sur 374 · DUC DE VENDÔME PREND BARCELONE · texte numérisé non relu

DUC DE VENDÔME PREND BARCELONE

quoiqu'un peu séparé de la ville. Ils avoient huit mille hommes d'infanterie de troupes réglées , quelque cavalerie et le reste someltants , qui sont des milices fort aguerries, et le tout ensemble faisoit vingt-cinq mille hommes. Nous avions soixante pièces de batterie et vingt-huit mortiers. Dehors étoient don François de Velasco, vice-roi de Catalogne et le marquis de Grigny, général de la cavalerie avec une petite armée et force miquelets. La place étoit plus qu'abondamment fournie de tout et conserva uae libre communication par un côté avec le vice-roi pour pouvoir être rafraîchie.

M. de Vendôme n'avoit point assez de troupes pour l'investir entièrement, ni pour avoir assee de postes de proche en proche dans ses derrières pour contenir les miquelets; tellement qu'il ne put tirer ses subsistances que par le secours de la mer. Les troupes de l'armée navale mirent pied à terre et servirent au siège, les chefs d'escadre comme maréchaux de camp et le bailli de Noailles comme lieutenant général. Le comte à'Estrées demeura sur la Hotte. Outre ces difficultés, les chaleurs étoient excessives. Il y eut beaucoup d'actions très-vives et trèsbelles; le prince deBirkenfeldt, à qui son père avoit donné le régiment d'infanterie d'Alsace, à la tète duquel il étoit devenu lieutenant général, s'y distingua extrêmement, et tellement de l'aveu de tout le monde, que le roi ne voulut pas attendre la i\n du siège à le faire brigadier, et récompenser le temps qu'il avoit perdu capitaine de cavalerie. Le duc de Lesdiguières y fit se? premières armes d'une manière fort brillante. Les comtes de Mailly et de Montendre , et le fils aîné du grand prévôt s'y signalèrent fort aussi.

La contrescarpe emportée , M. de Vendôme eut avis que la nuit du 15 au 16 juillet les assiégés dévoient faire une grande sortie, et en même temps le vice-roi avec toutes ses troupes attaquer le camp. Là-dessus U. de Vendôme marcha au vice-roi, la nuit du 14 au 15, dont il trouva l'armée partagée en deux camps; il en attaqua un, et fit attaquer l'autre par Dusson. Aucun des deux ne résista presque; ils furent surpris, et tout prit la fuite , et le vice-roi même tout en chemise. Les deux camps furent pillés, et pendant ce pillage quelque cavalerie ennemie prit le temps de se former et de venir tomber sur les pillards, mais on avoit prévu cet inconvénient, et cette cavalerie fut défaite; on leur tua ou prit huit cents hommes et beaucoup d'officiers. Le secrétaire et la cassette du vice-roi furent pris avec ses papiers, et cinq mille pièces de quatre pistoles. Par cette action l'armée ennemie fut entièrement dissipée et hors d'état de rafraîchir la place ni de montrer de troupes nulle part. On ne songea plus qu'à presser le siège. Il y eut encore beaucoup d'actions fort vives. Enfin les mines ayant fait tout l'effet qu'on en avoit espéré, et l'assaut prêt à donner, M. de Vendôme envoya Barbezières leur parler. Pimentel s'approcha de lui. Il y eut des propositions sur l'état où la place se trouvoit réduite qui produisirent quelques allées et venues. Enfin ils entrèrent le 6 août en capitulation , qui ne fut conclue que le 8. Elle fut telle que le méritoient de si braves gens qui , par leur belle défense, s'étoient montrés vrais Espagnols et dignes de l'èlre. On leur accorda trente pièces de canon , quatre mortiers , des chariots cou-

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