‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 242 sur 374 · INONDATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

INONDATIONS GÉNÉRALES

le bonheur de n'en être point blessé , mais cinq pauvre» capitaines furtnt •tués et quelques subalternes blessés.

L'armée ne fut pourtant point troublée par cette escopetterie , et passa la nuit auprès de nos deux brigades dans la plaine de Stolhofen, comme chacun se trouva. Le lendemain 20, dès le matin, elle en passa le défilé, et campa la dro'te et le quartier général à Lichtenau, la gauche peu éloignée de Stolhofen, l'abbaye de Schwartzals vers le centre, tin gros ruisseau à la tête du camp, et le Rhin à trois quarts de lieue derrière nous. Nous y demeurâmes dix ou douze jours pour voir ce que deviendroit le prince Louis de Bade, qui demeura dans son même camp de Muckensturm; de là nous prîmes celui de Lings, puis celui de Wilstedt, si proche du fort de Kelh qu'il rendit notre pont de bateaux inutile , et que par le pont de Strasbourg la communication étoit libre sans escorte . et continuelle entre l'armée et cette place.

Le comte du Bourg fut chargé là d'un grand fourrage, ce qui, joint à quelques autres bagatelles , brouilla le marquis de Renti avec le maréchal de Choiseul, son beau-frère. Renti étoit un très-galant homme , vaillant et homme de bien , mais avec cela épineux à l'excès. Le maréchal s'étoit fait une autre affaire avec Revel. G'éloit à lui à être de jour celui de la retraite et par conséquent i faire celle des deux arrière-gardes où le maréchal n'étoit pas. Le bonhomme Lafréselière , que toute l'armée aimoit et honoroit, et qui le méritait, étoit lieutenant général aussi , et son tour tomboit immédiatement avant celui de Revel. Il étoit aussi lieutenant général de l'artillerie, il la commandoit, et par là il ne pouvoit prendre jour de lieutenant général dans l'armée, ni marcher à son tour qu'une fois dans la campagne. Il voulut prendre s« bisque d'être de jour à la retraite; le maréchal, qui l'aimoit et qui comptoit sur sa capacité, décida en sa faveur, et Revel fut outré. Du camp de Wilstedt nous allâmes prendre celui d'Olfenbourg.

Cet été ne fut que pluies universelles , et débordement partout qui interrompoient le commerce. Paris et ses environs furent inondés, à ce qu'on nous mandoit, et ce que nous éprouvions ne nous donnoit pas de peine à le croire. Cela duroit depuis deux mois, et notre général en gémissoit dans l'impatience d'exécuter un projet qu'il avoit fait approuver à la cour : c'étoit d'aller attaquer des retranchements faits dès le commencement de la guerre pour garder les gorges qui sont à l'entrée de la Franconie , de la Souabe et de la Bavière. Schwartz et un comte de Furstemberg gardoient ces lignes, qui, par leur étendue, étoient difficiles à conserver. Le maréchal de Choiseul mouroit d'envie de s'y faire un passage dans des pays abondants et qui depuis bien des années n'avoient point souffert de guerres, d'essayer à y prendre des quartiers d'hiver et de brûler un pont d'une structure particulière qui se jetoit en peu d'heures sur le Rhin, et qui, étant toujours là tout prêt, inquiétoit toutes les campagnes sitôt que notre armée descendoit le Bhin.

Le marquis d'Huxelles étoit resté à Spire , d'où il n'avoit bougé avec Locmaria et les troupes que ce dernier avoit amenées , depuis que l'armée avoit passé le Rhin , et ce passage n'avoit point été de son goût.

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