MORT DU P. DE LA CHAISE
La Chaise, capitaine de la porte, et frère du P. de La Chaise, qui d'écuyer de larchevèque de Lyon dont il commandoit l'équipage de . chasse, lui fit cette fortune. Ils ne s'y oublièrent ni l'un ni l'autre, tous deux firent toujours une profession ouverte de respect et d'attachement pour MM. de Villeroy , et La Chaise n'évitoit point de parler de l'archevêque de Lyon et de ses chasses. C'étoit un grand échalas. prodigieux en hauteur, et si mince, qu'on croyoit toujours qu'il alloit rompre, très-bon et honnête homme; il mourut en revenant de Bourbon , et son fils eut aussitôt sa charge , et deux jours après , le roi écrivit de sa main au P. de La Chaise qu'il donnoit à son neveu cent mille écus de brevet de retenue, qui étoit aussi un fort honnête garçon.
La duchesse de La Feuillade mourut à Paris fort jeune, de la poitrine , et ce fut dommage de toutes façons , et il n'y eut que son mari qui ne s'en soucia guère. Il avoit toujours très-mal vécu avec elle, quoiqu'elle ne méritât rien moin5, et avec un parfait mépris pour sa famille qui avoit toujours fait merveilles pour lui. Il répondit une fois assez plaisamment à quelqu'un qui vouloit parler à son beau-père, et qui lui demanda ce qu'il faisoit, qu'il étoit à éplucher de la salade avec ses commis : en effet, Châteauneuf n'avoit aucun département que des provinces '. Les huguenots étoient le département particulier de sa charge de secrétaire d'Ëtat,qui la rendoit importante lorsqu'ils faisoient un corps armé avec lequel il falloit compter, mais depuis la révocation de l'édit de Nantes, cette charge de secrétaire d'État étoit à peu près nulle, et Châteauneuf de son génie et dç sa personne existoit encore moins s'il se pouvoit. La Feuillade n'eut point d'enfants de ce mariage et n'avoit guère cherché à en avoir.
Le duc de Duras mourut de la petite vérole , et de beaucoup d'autres , en Flandre pendant la campagne. Il étoit brigadier de cavalerie avec distinction, et l'affaire de sa survivance de capitaine des gardes du corps étoit comme faite, ce qui augmenta fort la douleur de sa famille; sa mère , sœur du duc de Ventadour , ne s'en est jamais consolée ; elle
4 . Les quatre secrétaires d'État, bous l'ancienne monarchie, se partageaient les provinces, parce qu'il n'y avait pas alors de miniiitùre de l'intérieur. Voici le tableau des provinces qui dépendaient des divers ministères, d'après Guyol ( Traité des Offices^ liv. I, cliap. i.xxix), en 1787 : t" Le secrétaire d'Èiat, chargé des afTaires étrangères, avait dans son département la Guienne, la Gascogne, la Normandie, la Champagne, In principatUéde Dombea,le Berri; 2» du secrétaire d'Etat de la maison du roi dépendaient la ville et généralité de Paris, le Languedoc, la Provence, la Bourgogne, la Bresse, le Bugey, le Valromey, le pays de Gex, la Bretagne, le comté de Foix, la Navarre, le Béarn, le Bigorre, la Picardie, le Boulonnais, la Touraine, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Nivernais, la Marche, le Limousin, l'Orléanais, le Poitou, l'Aunis et la Saintonge; 3" les ports de mer et les colonies relevaient du ministre de la marine ; 4" le secrétaire d'État de la guerre avait dans son département les Trois Evèchés (ïoul, MoU et Verdun), la Lorraine, l'Artois, la Flandre, l'Alsace, la Franche-Comté, le Dauphiné, le Roussillon et l'Ile de Corse. Le secrétaire d'Etat de la maison du roi (c'était le département de ChAleauneuf dont parle Saint-Simon) était celui du ministre qui avait dans ses attributions le plus grand nombre de provinces.