‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 256 sur 374 · RETRAITE VOLONTAIRE DE PELLETIER · texte numérisé non relu

RETRAITE VOLONTAIRE DE PELLETIER

raimoit uniquement. C'étoit un homme bien fait et d'une beauté singulière : le vin et les débauches l'avoient fort changé et rendu goutteux, C'étoit un fort honnête homme et fort aimé, brave, doux et voulant faire , mais sans aucun esprit. Son père l'avoit assez étrangement marié de tous points-, il lui céda sa dignité en le mariant, le fit appeler le duc de Duras, et prit le nom de maréchal de Duras. Jusqu'alors, on ne l'avoit jamais appelé que le duc de Duras, et c'est le premier duc-maréchal de France, qui, par le défaut de terres à porter divers noms, et pour la distinction de l'un et de l'autre , se soit fait appeler maréchal. Jamais on n'a dit que le duc de Navailles, le duc de Vivonne, etc. Depuis, cet exemple a été suivi par la même convenance, et peu ipeu a quelquefois prévalu sans cette raison. Le duc de Duras ne laissa que deuK filles: il n'avoit qu'un frère beaucoup plus jeune que lui k qui le roi donna son régiment.

Le môme jour de la nouvelle de cette mort, qui étoit un mercredi, 18 septembre, à Versailles, veille du départ du roi pour Fontainebleau, M. Pelletier, ministre d'Ëtat, prit congé du roi à la fin du conseil, et, sans en avoir parlé à qui que ce fût qu'au roi , monta tout de suite en carrosse, et se retira en .«a maison de Villeneuve-le-Roi. Il avoit passé par les charges de conseiller au parlement et de président en la quatrième chambre des enquêtes, après il fut prévôt des marchands, et fit à Paris ce quai près de la Grève qui porte encore son nom. De là, il devint conseiller d'État , qui est le débouché ordinaire des prévôts des marchands. II fut connu de M. Le Tellier et de M. de Louvois qui le servirent pour ces places, et entra tellement dans leur confiance qu'il devint l'arbitre des affaires de leur famille et des débats particuliers du père et du fils, qu'ils eurent toujours le bon esprit de cacher sous le dernier secret. A la mort de M. Colbert, MM. Le Tellier et de Louvois, qui savoient ce que leur avoit coûté un habile contrôleur général leur ennemi , mirent tout leur crédit à faire donner cette place à Pelletier, qui la craignit plus qu'il n'en eut de joie. Il y fut parfaitement reconnoissant pour ses bienfaiteurs. Après leur mort, il continua d'être l'arbitre des affaires de leur famille k laquelle il demeura parfaitement attaché , et vécut toujours avec M. de Barbezieux dans une sorte de dépendance.

C'étoit un homme fort sage et fort modéré , fort doux et obligeant, très-modeste et d'une conscience timorée; d'ailleurs fort pédant et fort court de génie. Il y a un mot du premier maréchal de Villeroy sur lui admirable. Il donnoit un malin petite direction chez lui; tout ce qui la devoit composer étoit arrivé , et on attendoit M. Pelletier qui éloit contrôleur général. Enfin, las d'attendre, le maréchal envoya chez lui, et à Versailles où ils étoient. il n'y avoit pas loin. On vint dire au mare-' chai de Villeroy qu'apparemment M. Pelletier avoit oublié la petite direction, et qu'il étoit allé courre le lièvre. « Par... répondit le maréchal en colère avec son ton de fausset, nous avons vu M. Colbert qui n'en couroit pas tant et qui en prenoit davantage. » On rit et on commença la petite direction. Lorsque ce contrôleur général vit venir It guerre de 1C88, la confiance intime qui étoit entre M. de Louvois M

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