‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 258 sur 374 · LES POSTES A M. DE POMPONNE · texte numérisé non relu

LES POSTES A M. DE POMPONNE

La famille de M. Pelletier fut également surprise et affligée, mais elle n'y perdit rien. Pelletier conserva tout son crédit, et fit plus pour elle de sa retraite qu'il n'avoit fait jusqu'alors à la cour; il ne vit exactement personne à Villeneuve que sa plus étroite famille et quelques gens de bien. 11 passa l'hiver à Paris avec son fils dans sa maison , et s'y élargit un peu davantage. Il étoit fort des amis de mon père , et il voulut bien me voir. J'en fus ravi , et j'admirai moins la sérénité tranquille et douce que je remarquai en lui, que son attention à rompre tous discours sur sa retraite et qui sentît l'encens. Il avoit lors soixante-six ans et une santé parfaite de corps et d'esprit. Il passa toujours les hivers k Paris, où je le voyois de temps en temps, et toujours avec plaisir et respect pour sa vertu, et tout le reste de l'année à Villeneuve, et soutint sa retraite avec une grande sagesse et une grande piété. Il avoit épousé une Fleuriau, veuve d'un président de Fourcy , qu'il avoit perdue il y avoit longtemps. Mme de Châteauneuf, femme du secréuire d'État, étoit fille du premier mariage de sa femme , laquelle avoit un frère d'âge fort disproportionné d'elle qui étoit M. d'Armenonville. M. Pelletier la fit travailler sous lui , et lui procura une charge d'intendant des finances. Il a été fort connu dans le monde , et j'aurai occasion d'en parler.

M. Pelletier, outre son fils aîné, en eut deux autres et deux Allas mariées à M. d'A>gouges et à M. d'Aligre, maîtres des requêtes tous deux. De sa retraite II fit le premier conseiller d'iîtat, l'autre, président à mortier ; tous deux fort jeunes , et un de ses fils évêque d'Angers , puis d'Orléans, quoique ébcrgné jeune d'une fusée à une fenêtre de l'hôtel de ville au feu de la Saint-Jean. L'autre fut supérieur des séminaires de Saint-Sulpice. C'étoit un cafard qui en bannit la science et y mit tout en misérables minuties. Il usurpa du crédit à force de molinisme et eut souvent part aux grâces ecclésiastiques. Il étoit lourde dupe et dominoit fort le clergé. C'étoit un animal si plat et si glorieux qu'il disoit quelquefois à ses jeunes séminaristes qu'il malmenoit pour des riens : oMais vous autres, à qui croyez-vous donc avoir affaire? Savez-vous que je suis fils d'un ministre d'État, et contrôleur général, et frère d'un évêque et d'un président à mortier? » et avec cela il croyoit avoir tout dit.

Le roi ne remplit point la place de ministre et donna le soin des postes à M. de Pomponne. Peu de jours après, voyant au conseil des dépêches de Rome qui ne ressembloient pas à celles qu'il aVoit accoutumé de recevoir du cardinal de Janson , qui après sept ans de séjour fort utile ne faisoit qu'en arriver , le roi se mit sur ses louanges , et ajouta qu'il regardoit comme un vrai malheur de ne pouvoir pas le faire ministre. Torcy , qui avoit porté les dépêches , mais sans s'asseoir ni opiner encore , crut faire sa cour de dire , entre haut et bas , qu'il n'y avoit personne plus propre que lui, et que dès qu'il avoit le bonheur d'en être estimé capable par le roi , il ne voyoit pas ce qui pouvoit l'empêcher de l'être. Le roi , qui l'entendit, répondit que lorsqu'à la mort du cardinal Mazarin il avoit pris le timon de ses affaires, il avoit ea grande connoissance de cause bien résolu de n'admettre jamais aucun ecclésiastique dans son conseil , et moins encore les cardinaux qu0

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